—Que venez-vous donc chercher ici? dit vivement madame du Gua.
—L’estime et la considération que vous m’aviez enlevées à la Vivetière, madame. Quant au reste, soyez bien tranquille. Si le marquis revenait à moi, vous devez savoir qu’un retour n’est jamais de l’amour.
Madame du Gua prit alors la main de mademoiselle de Verneuil avec cette affectueuse gentillesse de mouvement que les femmes déploient volontiers entre elles surtout en présence des hommes.
—Eh! bien, ma pauvre petite, je suis enchantée de vous voir si raisonnable. Si le service que je vous ai rendu a été d’abord bien rude, dit-elle en pressant la main qu’elle tenait quoiqu’elle éprouvât l’envie de la déchirer lorsque ses doigts lui en révélèrent la moelleuse finesse, il sera du moins complet. Écoutez, je connais le caractère du Gars, dit-elle avec un sourire perfide, eh! bien, il vous aurait trompée, il ne veut et ne peut épouser personne.
—Ah!...
—Oui, mademoiselle, il n’a accepté sa dangereuse mission que pour mériter la main de mademoiselle d’Uxelles, alliance pour laquelle Sa Majesté lui a promis tout son appui.
—Ah! ah!...
Mademoiselle de Verneuil n’ajouta pas un mot à cette railleuse exclamation. Le jeune et beau chevalier du Vissard, impatient de se faire pardonner la plaisanterie qui avait donné le signal des injures à la Vivetière, s’avança vers elle en l’invitant respectueusement à danser, elle lui tendit la main et s’élança pour prendre place au quadrille où figurait madame du Gua. La mise de ces femmes dont les toilettes rappelaient les modes de la cour exilée, qui toutes avaient de la poudre ou les cheveux crêpés, sembla ridicule aussitôt qu’on put la comparer au costume à la fois élégant, riche et sévère que la mode autorisait mademoiselle de Verneuil à porter, qui fut proscrit à haute voix, mais envié in petto par les femmes. Les hommes ne se lassaient pas d’admirer la beauté d’une chevelure naturelle, et les détails d’un ajustement dont la grâce était toute dans celle des proportions qu’il révélait.
En ce moment le marquis et le comte rentrèrent dans la salle de bal et arrivèrent derrière mademoiselle de Verneuil qui ne se retourna pas. Si une glace, placée vis-à-vis d’elle, ne lui eût pas appris la présence du marquis, elle l’eût devinée par la contenance de madame du Gua qui cachait mal, sous un air indifférent en apparence, l’impatience avec laquelle elle attendait la lutte qui, tôt ou tard, devait se déclarer entre les deux amants. Quoique le marquis s’entretînt avec le comte et deux autres personnes, il put néanmoins entendre les propos des cavaliers et des danseuses qui, selon les caprices de la contredanse, venaient occuper momentanément la place de mademoiselle de Verneuil et de ses voisins.
—Oh! mon Dieu, oui, madame, elle est venue seule, disait l’un.