—Comment donc était-il en t’abordant?

—Est-ce qu’il m’a vue? Oh! Marie, il t’aime!

—Oh! il m’aime ou il ne m’aime pas! répondit-elle, deux mots qui pour moi sont le paradis ou l’enfer. Entre ces deux extrêmes je ne trouve pas une place où je puisse poser mon pied.

Après avoir ainsi accompli son terrible destin, Marie put s’abandonner à toute sa douleur, et sa figure, jusque-là soutenue par tant de sentiments divers, s’altéra si rapidement, qu’après une journée pendant laquelle elle flotta sans cesse entre un pressentiment de bonheur et le désespoir, elle perdit l’éclat de sa beauté et cette fraîcheur dont le principe est dans l’absence de toute passion ou dans l’ivresse de la félicité. Curieux de connaître le résultat de sa folle entreprise, Hulot et Corentin étaient venus voir Marie peu de temps après son arrivée: elle les reçut d’un air riant.

—Eh! bien, dit-elle au commandant, dont la figure soucieuse avait une expression très-interrogative, le renard revient à portée de vos fusils, et vous allez bientôt remporter une bien glorieuse victoire.

—Qu’est-il donc arrivé? demanda négligemment Corentin en jetant à mademoiselle de Verneuil un de ces regards obliques par lesquels ces espèces de diplomates espionnent la pensée.

—Ah! répondit-elle, le Gars est plus que jamais épris de ma personne, et je l’ai contraint à nous accompagner jusqu’aux portes de Fougères.

—Il paraît que votre pouvoir a cessé là, reprit Corentin, et que la peur du ci-devant surpasse encore l’amour que vous lui inspirez.

Mademoiselle de Verneuil jeta un regard de mépris à Corentin.

—Vous le jugez d’après vous-même, lui répondit-elle.