—Eh! bien, dit-il sans s’émouvoir, pourquoi ne l’avez-vous pas amené jusque chez vous?
—S’il m’aimait véritablement, commandant, dit-elle à Hulot en lui jetant un regard plein de malice, m’en voudriez-vous beaucoup de le sauver, en l’emmenant hors de France?
Le vieux soldat s’avança vivement vers elle et lui prit la main pour la baiser, avec une sorte d’enthousiasme; puis il la regarda fixement et lui dit d’un air sombre: —Vous oubliez mes deux amis et mes soixante-trois hommes.
—Ah! commandant, dit-elle avec toute la naïveté de la passion, il n’en est pas comptable, il a été joué par une mauvaise femme, la maîtresse de Charrette, qui boirait, je crois, le sang des Bleus...
—Allons, Marie, reprit Corentin, ne vous moquez pas du commandant, il n’est pas encore au fait de vos plaisanteries.
—Taisez-vous, lui répondit-elle, et sachez que le jour où vous m’aurez un peu trop déplu, n’aura pas de lendemain pour vous.
—Je vois, mademoiselle, dit Hulot, sans amertume , que je dois m’apprêter à combattre.
—Vous n’êtes pas en mesure, cher colonel. Je leur ai vu plus de six mille hommes à Saint-James, des troupes régulières, de l’artillerie et des officiers anglais. Mais que deviendraient ces gens-là sans lui? Je pense comme Fouché, sa tête est tout.
—Eh! bien, l’aurons-nous? demanda Corentin impatienté.
—Je ne sais pas, répondit-elle avec insouciance.