—Hé! bien, quand me l’amènerez-vous?
—Mais demain, si vous voulez. Il est à Grenoble depuis deux jours.
—Hé bien! partez demain matin et revenez, je vous attendrai chez la Fosseuse, où nous déjeunerons tous les quatre ensemble.
—Convenu, dit Genestas.
Les deux amis allèrent se coucher, en se souhaitant mutuellement une bonne nuit. En arrivant sur le palier qui séparait leurs chambres, Genestas posa sa lumière sur l’appui de la croisée et s’approcha de Benassis.
—Tonnerre de Dieu! lui dit-il avec un naïf enthousiasme, je ne vous quitterai pas ce soir sans vous dire que, vous le troisième parmi les chrétiens, m’avez fait comprendre qu’il y avait quelque chose là-haut! Et il montra le ciel.
Le médecin répondit par un sourire plein de mélancolie, et serra très-affectueusement la main que Genestas lui tendait.
Le lendemain, avant le jour, le commandant Genestas partit pour la ville, et vers le milieu de la journée, il se trouvait sur la grande route de Grenoble au bourg, à la hauteur du sentier qui menait chez la Fosseuse. Il était dans un de ces chars découverts et à quatre roues, menés par un seul cheval, voiture légère qui se rencontre sur toutes les routes de ces pays montagneux. Genestas avait pour compagnon un jeune homme maigre et chétif, qui paraissait n’avoir que douze ans, quoiqu’il entrât dans sa seizième année. Avant de descendre, l’officier regarda dans plusieurs directions afin de trouver dans la campagne un paysan qui se chargeât de ramener la voiture chez Benassis, car l’étroitesse du sentier ne permettait pas de la conduire jusqu’à la maison de la Fosseuse. Le garde-champêtre déboucha par hasard sur la route et tira de peine Genestas, qui put, avec son fils adoptif, gagner à pied le lieu du rendez-vous, à travers les sentiers de la montagne.
—Ne serez-vous pas heureux, Adrien, de courir dans ce beau pays pendant une année, d’apprendre à chasser, à monter à cheval, au lieu de pâlir sur vos livres? Tenez, voyez!
Adrien jeta sur la vallée le regard pâle d’un enfant malade mais, indifférent comme le sont tous les jeunes gens aux beautés de la nature, il dit sans cesser de marcher: —Vous êtes bien bon, mon père.