En ce moment, le duc aperçut le souper entamé, regarda dans la chambre, et vit le pantalon du prince étalé sur un fauteuil près du lit.

—Je ne sonnerai pas, Clarina, s’écria d’une voix grêle le duc furieux. Je ne jouerai du violon ni ce soir, ni demain, ni jamais...

Ta, ta, ta, ta! chanta Clarina sur une seule note en passant chaque fois d’une octave à une autre avec l’agilité du rossignol.

—Malgré cette voix qui rendrait sainte Claire, ta patronne, jalouse, et le Christ amoureux, vous êtes par trop impudente, madame la drôlesse.

—Vous ne m’avez pas élevée à entendre de semblables mots, dit-elle avec fierté.

—Vous ai-je appris à garder un homme dans votre lit? Vous ne méritez ni mes bienfaits, ni ma haine.

—Un homme dans mon lit! s’écria Clarina en se retournant vivement.

—Et qui a familièrement mangé notre souper, comme s’il était chez lui, reprit le duc.

—Mais, s’écria Émilio, ne suis-je pas chez moi? Je suis le prince de Varèse, ce palais est le mien.

En disant ces paroles, Émilio se dressa sur son séant et montra sa belle et noble tête vénitienne au milieu des pompeuses draperies du lit. D’abord la Clarina se mit à rire d’un de ces rires fous qui prennent aux jeunes filles quand elles rencontrent une aventure comique en dehors de toute prévision. Ce rire eut une fin, quand elle remarqua ce jeune homme, qui, disons-le, était remarquablement beau, quoique peu vêtu; la même rage qui mordait Émilio la saisit, et comme elle n’aimait personne, aucune raison ne brida sa fantaisie de Sicilienne éprise.