—Si ce palais est le palais Memmi, votre Altesse sérénissime voudra cependant bien le quitter, dit le duc en prenant l’air froid et ironique d’un homme poli. Je suis ici chez moi...

—Apprenez, monsieur le duc, que vous êtes dans ma chambre et non chez vous, dit la Clarina sortant de sa léthargie. Si vous avez des soupçons sur ma vertu, je vous prie de me laisser les bénéfices de mon crime...

—Des soupçons! Dites, ma mie, des certitudes...

—Je vous le jure, reprit la Clarina, je suis innocente.

—Mais que vois-je là, dans ce lit? dit le duc.

—Ah! vieux sorcier, si tu crois ce que tu vois plus que ce que je te dis, s’écria la Clarina, tu ne m’aimes pas! Va-t’en et ne me romps plus les oreilles! M’entendez-vous? sortez, monsieur le duc! Ce jeune prince vous rendra le million que je vous coûte, si vous y tenez.

—Je ne rendrai rien, dit Émilio tout bas.

—Eh! nous n’avons rien à rendre, c’est peu d’un million pour avoir Clarina Tinti quand on est si laid. Allons, sortez, dit-elle au duc, vous m’avez renvoyée, et moi je vous renvoie, partant quitte.

Sur un geste du vieux duc, qui paraissait vouloir résister à cet ordre intimé dans une attitude digne du rôle de Sémiramis, qui avait acquis à la Tinti son immense réputation, la prima-donna s’élança sur le vieux singe et le mit à la porte.

—Si vous ne me laissez pas tranquille ce soir, nous ne nous reverrons jamais. Mon jamais vaut mieux que le vôtre, lui dit-elle.