—Et le cousin?...
—Il est parti!
—Vous croyez cela? dit le baron.
—Je l’ai mis en voiture! répondit Marneffe avec un affreux sourire.
Le roulement d’une voiture se fit entendre dans la rue Vanneau. Le baron, comptant Marneffe pour zéro, sortit et monta chez Lisbeth. Il lui passait dans la cervelle une de ces idées qu’y envoie le cœur quand il est incendié par la jalousie. La bassesse de Marneffe lui était si connue, qu’il supposa d’ignobles connivences entre la femme et le mari.
—Que sont donc devenus ces messieurs et ces dames? demanda Marneffe en se voyant seul avec Crevel.
—Quand le soleil se couche, la basse-cour en fait autant, répondit Crevel; madame Marneffe a disparu, ses adorateurs sont partis. Je vous propose un piquet, ajouta Crevel qui voulait rester.
Lui aussi, il croyait le Brésilien dans la maison. Monsieur Marneffe accepta. Le maire était aussi fin que le baron; il pouvait demeurer au logis indéfiniment en jouant avec le mari qui, depuis la suppression des jeux publics, se contentait du jeu rétréci, mesquin, du monde.
Le baron Hulot monta rapidement chez sa cousine Bette; mais il trouva la porte fermée, et les demandes d’usage à travers la porte employèrent assez de temps pour permettre à des femmes alertes et rusées de disposer le spectacle d’une indigestion gorgée de thé. Lisbeth souffrait tant, qu’elle inspirait les craintes les plus vives à Valérie; aussi Valérie fit-elle à peine attention à la rageuse entrée du baron. La maladie est un des paravents que les femmes mettent le plus souvent entre elles et l’orage d’une querelle. Hulot regarda partout à la dérobée, et il n’aperçut dans la chambre à coucher de la cousine Bette aucun endroit propre à cacher un Brésilien.
—Ton indigestion, Bette, fait honneur au dîner de ma femme, dit-il en examinant la vieille fille qui se portait à merveille, et qui tâchait d’imiter le râle des convulsions d’estomac en buvant du thé.