[77] Il n’existe des cinq premiers vers que les lettres initiales.

Grâce aux démarches de M. Nicard, secondées de l’obligeante entremise de M. de Martius, j’obtins du bibliothécaire, M. Lichtenthaler, de pouvoir faire prendre une copie exacte, page pour page et ligne pour ligne, de la seconde partie de ce manuscrit, depuis le feuillet 78 jusqu’au feuillet 129, comprenant toutes les comédies. Cette copie presque figurative est la base du texte que je donne aujourd’hui.

La comparaison attentive que j’ai été obligé de faire du manuscrit et de l’édition de Celtes, m’a convaincu que ce savant homme a apporté à ce travail beaucoup de soins et de lumières. Je n’ai eu à insérer dans mon texte qu’un petit nombre de lectures préférables à celles de la première édition. Pour permettre au lecteur d’apprécier la valeur de ces restitutions, j’ai eu soin de donner toujours au bas des pages la leçon du premier éditeur.

L’orthographe du manuscrit est tellement inconstante et si habituellement fautive, qu’il était impossible de la reproduire sans modification. L’ancien copiste, par exemple, supprime presque constamment l’h dans les mots où les Latins l’admettent, et il l’ajoute où elle ne doit pas être; il écrit souvent les adverbes terminés en e par æ et par un e les génitifs de la première déclinaison, etc., etc. J’ai rétabli l’orthographe commune, avertissant, une fois pour toutes, de quelques incorrections constantes du manuscrit, mais signalant en note, d’une manière spéciale, certaines anomalies singulières. J’ai, d’ailleurs, accepté l’orthographe du manuscrit, toutes les fois qu’elle était admissible et surtout constante. Par exemple, le manuscrit porte, non pas une fois, mais toujours, neglegentia, neglegere; j’ai adopté cette forme, quoique moins bonne que negligentia, negligere, parce qu’elle est latine, et que tout porte à croire qu’elle a été celle de Hrotsvitha. Mais, quand le copiste n’a pas de règles fixes et qu’il écrit le même mot, tantôt d’une façon et tantôt d’une autre, je me suis cru autorisé à n’employer que la meilleure. J’ai suivi le même système pour la ponctuation et les capitales. Le manuscrit m’ayant paru ne présenter à cet égard aucune règle appréciable, j’ai dû me conformer à l’usage communément reçu.

Quant à la traduction, je me suis efforcé de la rendre aussi fidèle et aussi littérale qu’il était possible de le faire, en respectant le génie de notre langue; je serais heureux qu’elle pût reproduire quelque chose de la grâce et de la délicatesse de l’original. Elle aura toujours l’avantage d’être la première traduction complète de ce recueil théâtral. Gottsched n’a traduit que la première partie de Gallicanus en allemand. J’ai eu à surmonter dans ce travail, surtout pour le rétablissement du texte, d’assez graves et assez nombreuses difficultés. Si les juges compétents en cette matière, soit en France, soit à l’étranger, croient mes efforts dignes de quelques éloges, je dois en reporter la meilleure partie aux conseils que je n’ai cessé de recevoir de mon ami et collègue, M. Louis Dubeux, qui m’a prêté en cette occasion, comme en toutes, le secours de la sagacité philologique la plus sûre et du savoir le plus étendu.

4 juillet 1845.

THÉATRE DE HROTSVITHA.

HROTSUITHÆ
VIRGINIS ET MONIALIS GERMANICÆ,
GENTE SAXONICA ORTÆ,
INCIPIT
LIBER DRAMATICA SERIE CONTEXTUS [78].


Hujus omnem materiam, sicut et prioris, opusculi sumsi ab antiquis libris sub certis auctorum nominibus conscriptis, excepta superius scripta passione sancti Pelagii, cujus seriem martyrii quidam, ejusdem qua passus est indigena civitatis, mihi exposuit, qui ipsum pulcherrimum virorum se vidisse et exitum rei attestatus est veraciter agnovisse. Unde si quid in illis falsitatis dictando comprehendi, non ex meo fefelli, sed fallentes incaute imitata fui.