[71] Cette opinion que j’émettais en 1839 dans la Revue des Deux-Mondes, a été confirmée par M. Pertz. Voy. Monumenta German., t. VI, p. 303, n. 17.

C’est par la même absence de critique, que Leuckfeld, l’historien allemand du monastère de Gandersheim, dans la liste des ouvrages en vers de Hrotsvitha, cite les huit légendes et le panégyrique des Othons, puis ajoute un dixième ouvrage purement imaginaire, qu’il intitule: De la chasteté des nonnes. Cette erreur, répétée par divers critiques, vient d’une phrase ambiguë et mal comprise de Henri Bodo[72]. On a pris l’énoncé du caractère des productions de Hrotsvitha pour le titre d’un de ses ouvrages particuliers. Il est trop certain, d’ailleurs, que Leuckfeld, compilateur laborieux, qui a donné judicieusement une large place à Hrotsvitha dans ses Antiquités de Gandersheim, n’avait lu que bien superficiellement les œuvres qu’il louait. Dans la liste des comédies de l’illustre nonne, il traduit le titre de la première, Conversio Gallicani principis, par Histoire de la conversion d’un prince français[73].

[72] Syntagma de eccles. Gandesh., ap. Leibn., ut supra.

[73] Antiquit. Gandesheim., p. 274.

Tels sont les écrits moins connus que vantés de cette femme extraordinaire. Ils sont de ceux qui honorent le plus son sexe, et qui, malgré quelques défauts inhérents à l’époque où elle a vécu, relèvent le mieux le Xe siècle de l’accusation de barbarie, qu’on lui a trop légèrement prodiguée. Un des anciens historiens de Gandersheim, que nous avons plusieurs fois cité, Henri Bodo, termine le chapitre qu’il consacre à Hrotsvitha, par ce trait: Rara avis in Saxonia visa est[74]. C’est trop peu dire. Cette dixième muse, cette Sapho chrétienne, comme la proclamaient à l’envi ses enthousiastes compatriotes du XVIe siècle, ne fut pas seulement une merveille pour la Saxe; elle est une gloire pour l’Europe entière: dans la nuit du moyen âge, on signalerait difficilement une étoile poëtique plus pure et plus éclatante.

[74] Voy. Syntagm. de eccles. Gandesh., ap. Leibn., ut supra.

V.

Il ne me reste plus qu’à dire un mot de mon propre travail. En 1835, j’ignorais si le manuscrit, sur lequel Conrad Celtes a donné l’édition de 1501, existait encore. Ce savant éditeur avait négligé de faire connaître le nom du couvent de l’ordre de saint Benoît, où il avait découvert ce trésor. Jean Aventinus, dans la préface de sa Vie d’Henri IV, signala et répara cet oubli; il apprit au monde savant que ce précieux recueil était conservé au couvent de Saint-Emmeran à Ratisbonne. Guidés par cette indication, Mabillon[75] et ensuite Gottsched, purent voir et toucher ce manuscrit[76], dont ils ne firent d’ailleurs aucun usage. En 1835, M. Pol Nicard, le traducteur français du Manuel d’archéologie d’Otfried Müller, ayant fait un voyage en Allemagne, dans l’intention spéciale de visiter les musées et les bibliothèques, voulut bien, à ma prière, s’informer à Ratisbonne de ce qu’étaient devenus les livres et manuscrits de Saint-Emmeran. Il apprit qu’ils avaient été transportés, vers l’année 1803, dans la bibliothèque royale de Munich, et il m’envoya sur-le-champ une description exacte et détaillée du manuscrit de Hrotsvitha: il m’indiqua même un fait important, qui, si je ne me trompe, a été négligé par tous ceux qui ont examiné ce manuscrit; je veux parler de deux fragments, l’un de treize vers élégiaques[77], l’autre de trente-cinq vers hexamètres, qui sont jetés, je ne sais pourquoi, à la suite des comédies, le premier au verso du feuillet 129, le second au recto du feuillet 130. Ces vers sont encore inédits.

[75] Voy. Ann. ordin. S. Benedicti, t. III, p. 588.

[76] En 1740. Voy. Nöthiger Vorrath zur Geschichte der deutschen dramatischen Dichtkunst, t. II, p. 10.