CALLIMAQUE.[→] Je ne puis nier que je ne sois venu ici dans une intention criminelle. J’étais consumé par une mélancolie funeste et je ne pouvais apaiser le feu de mon amour illicite.

JEAN.[→] Quelle démence, quelle frénésie s’était emparée de vous, pour oser vouloir faire subir à ces chastes restes un si honteux outrage?

CALLIMAQUE.[→] J’étais entraîné par ma propre folie et par les suggestions captieuses de ce Fortunatus.

JEAN.[→] Avez-vous eu, trois fois infortuné, le malheur de parvenir à commettre le mal que vous désiriez?

CALLIMAQUE.[→] Nullement. J’ai eu la possibilité de vouloir; mais le pouvoir d’exécuter m’a tout à fait manqué.

JEAN.[→] Quel obstacle vous arrêta?

CALLIMAQUE.[→] A peine avais-je écarté le suaire et essayé d’odieux attentats sur le corps inanimé de Drusiana, que ce Fortunatus, le fauteur et l’instigateur du crime, périt sous le venin d’un serpent.

ANDRONIQUE.[→] O punition bien méritée!

CALLIMAQUE.[→] Alors m’apparut un jeune homme d’un aspect terrible; sa main recouvrit respectueusement le corps; de sa face rayonnante jaillirent des étincelles sur le tombeau; une d’elles atteignit mon visage, et en même temps se fit entendre une voix qui dit: «Callimaque, meurs pour vivre!» Ayant ouï ces mots, j’expirai.

JEAN.[→] Bienfait de la grâce céleste, qui ne se complaît pas dans la perte des impies!