ABRAHAM.[→] Il me semblait que j’étais devant la porte de ma cellule, lorsqu’un dragon énorme et qui répandait l’odeur la plus fétide, s’abattit avec impétuosité sur une jeune et blanche colombe qui se trouvait auprès de moi, la saisit, la dévora et disparut aussitôt.

ÉPHREM.[→] Cette vision était bien claire.

ABRAHAM.[→] A mon réveil, réfléchissant à ce que j’avais vu, je craignis que l’Église ne fût menacée d’une persécution qui fît tomber quelques fidèles dans l’erreur.

ÉPHREM.[→] Cela était à craindre.

ABRAHAM.[→] Ensuite, me prosternant pour prier, je suppliai celui dont la prescience connaît l’avenir, de me découvrir les suites que devait avoir ce songe.

ÉPHREM.[→] Vous avez bien agi.

ABRAHAM.[→] Enfin, la troisième nuit, lorsque je reposais dans le sommeil mes membres fatigués, je crus voir le même dragon rouler mort à mes pieds et la colombe reparaître à mes yeux sans la moindre blessure.

ÉPHREM.[→] Ce récit me comble de joie; car je ne doute pas que votre chère Marie ne revienne un jour près de vous.

ABRAHAM.[→] A mon réveil, en me rappelant ce songe, je me consolais du malheur que me présageait le premier. Je me recueillis alors pour penser à ma pupille. Je me souvins aussi, non sans tristesse, que depuis deux jours je ne l’entendais plus chanter, selon sa coutume, les louanges du Seigneur.

ÉPHREM.[→] Ce souvenir était bien tardif.