ABRAHAM.[→] On l’ignore.

ÉPHREM.[→] Que ferez-vous?

ABRAHAM.[→] J’ai un ami fidèle qui parcourt les villes et les campagnes et ne prendra pas de repos, qu’il n’ait appris quelle terre a reçu Marie.

ÉPHREM.[→] Et s’il découvre sa retraite?

ABRAHAM.[→] Je changerai d’habits et j’irai la trouver sous l’extérieur d’un amant; j’essaierai si mes exhortations peuvent la faire rentrer, après ce triste naufrage, dans le port de son premier repos.

ÉPHREM.[→] Bien; mais que ferez-vous si on vous offre à manger des viandes et à vider des coupes de vin?

ABRAHAM.[→] Je ne refuserai point, de peur d’être reconnu.

ÉPHREM.[→] Ce sera user d’un sage et louable discernement, que de relâcher pour quelques moments le frein étroit de la discipline, afin de regagner une âme à Jésus-Christ.

ABRAHAM.[→] Je m’enhardis d’autant plus à tenter cette entreprise, que votre pensée se trouve sur ce point conforme à la mienne.

ÉPHREM.[→] Celui qui connaît les replis des cœurs sait l’intention qui dirige chacune de nos actions; dans son examen équitable, il ne regarde point comme coupable de prévarication celui qui, s’affranchissant pour un moment de la rigueur d’une stricte observance, ne dédaigne point de s’assimiler aux créatures les plus faibles, afin de ramener plus sûrement une âme égarée.