MARIE, ABRAHAM.
MARIE.[→] Voici une chambre où nous serons commodément; voici un lit qui n’est point composé de pauvres matelas. Asseyez-vous, que je vous épargne la fatigue d’ôter votre chaussure.
ABRAHAM.[→] Fermez d’abord les verroux avec soin, pour que personne ne puisse entrer.
MARIE.[→] Que cela ne vous inquiète pas; je saurai faire en sorte que personne n’arrive aisément jusqu’à nous.
ABRAHAM, à part.[→] Il est temps maintenant d’ôter le grand chapeau qui couvre ma tête et de montrer qui je suis. (Haut.) O ma fille d’adoption! ô moitié de mon âme, Marie, reconnaissez-vous en moi le vieillard qui vous a nourrie avec la tendresse d’un père et qui vous a fiancée au fils unique du Roi céleste?
MARIE.[→] O Dieu! c’est mon père et mon maître Abraham qui me parle! (Elle demeure frappée de crainte[(52)].)
ABRAHAM.[→] Que t’est-il arrivé, ma fille?
MARIE.[→] Un grand malheur.
ABRAHAM.[→] Qui t’a trompée? qui t’a séduite?
MARIE.[→] Celui qui a fait tomber nos premiers pères.