L’HÔTELIER.[→] Dame Marie, pourquoi soupirez-vous? pourquoi versez-vous des larmes? N’habitez-vous pas ici depuis deux ans? et jamais je ne vous ai entendu gémir; jamais je n’ai remarqué que vos propos aient été plus tristes.
MARIE.[→] Oh! plût à Dieu que la mort m’eût enlevée il y a trois ans! Je ne serais point descendue à une vie aussi criminelle.
ABRAHAM.[→] Je ne suis pas venu pour pleurer vos péchés avec vous, mais pour partager votre amour.
MARIE.[→] Un léger repentir m’attristait et me faisait ainsi parler; mais soupons et livrons-nous à la joie; car, comme vous m’en faites souvenir, ce n’est ni le moment ni le lieu de pleurer mes péchés. (Ils se mettent à table.)
ABRAHAM.[→] Nous avons largement soupé, largement bu, grâce à votre libérale hospitalité, ô digne hôtelier. Permettez-moi de me lever de table, pour aller étendre dans un lit mon corps fatigué et refaire mes forces par un doux repos.
L’HÔTELIER.[→] Comme il vous plaira.
MARIE.[→] Levez-vous, mon seigneur, levez-vous; je vais me rendre avec vous dans la chambre à coucher.
ABRAHAM.[→] Je le désire; rien ne m’aurait fait sortir d’ici, si vous n’aviez dû m’accompagner.