ABRAHAM.[→] Le produit du crime n’est certainement point une offrande agréable à Dieu[(54)].
MARIE.[→] Je ne me préoccuperai plus de cette idée.
ABRAHAM.[→] L’aurore paraît; le jour est venu; partons.
MARIE.[→] C’est à vous, père chéri, de précéder, comme le bon pasteur, la brebis que vous avez retrouvée, et moi, marchant derrière, je suivrai vos traces.
ABRAHAM.[→] Il n’en sera pas ainsi; j’irai à pied et vous monterez sur mon cheval, de peur que l’aspérité du chemin ne blesse la plante de vos pieds délicats[(55)].
MARIE.[→] Oh! comment vous louer dignement? par quelle reconnaissance payer tant de bonté? Loin de me forcer au repentir par la terreur, vous m’y amenez, moi indigne de pitié, par les plus douces, par les plus tendres exhortations.
ABRAHAM.[→] Je ne vous demande rien autre chose que de demeurer fidèle au Seigneur pendant le reste de votre vie.
MARIE.[→] Je m’attacherai à Dieu de toute ma volonté, de toutes mes forces; et si le pouvoir me manque, du moins jamais la volonté ne me manquera.
ABRAHAM.[→] Il convient maintenant de servir Dieu avec la même ardeur que vous aviez mise au service des vanités du monde.
MARIE.[→] Je demande à Dieu que, par vos mérites, sa volonté s’accomplisse en moi.