ABRAHAM.[→] Vos péchés sont bien grands, je l’avoue; mais la miséricorde divine est plus grande que toutes les choses créées[(53)]. Bannissez donc cette tristesse, et profitez du peu de temps qui vous est donné pour vous repentir; car la grâce divine abonde où ont le plus abondé l’abomination et les désordres.
MARIE.[→] Si on avait le moindre espoir de mériter son pardon, on ne manquerait pas de se livrer avec ardeur à la pénitence.
ABRAHAM.[→] Ayez pitié, ma fille, des fatigues auxquelles je me suis exposé pour vous; renoncez à ce funeste découragement qui est, je le déclare, plus coupable que toutes les fautes; car celui qui désespère de la miséricorde de Dieu envers les pécheurs, commet un péché irrémissible. En effet, comme l’étincelle qui jaillit du caillou ne peut embraser la mer, l’amertume de nos péchés ne saurait altérer la douceur de la clémence divine.
MARIE.[→] Je ne nie pas la grandeur de la bonté suprême; mais quand je considère l’énormité de mon crime, j’ai peur qu’il n’y ait pas de pénitence qui puisse suffire à l’expier.
ABRAHAM.[→] Je me charge de votre iniquité; seulement retournez au lieu que vous avez quitté et reprenez le genre de vie que vous avez abandonné.
MARIE.[→] Je ne m’opposerai jamais à aucun de vos désirs; j’obéis respectueusement à vos ordres.
ABRAHAM.[→] Je vois bien à présent que j’ai retrouvé ma fille, celle que j’ai nourrie; à présent c’est vous que je dois chérir par-dessus toutes choses.
MARIE.[→] Je possède un peu d’or et quelques vêtements précieux; j’attends ce que votre autorité décidera à cet égard.
ABRAHAM.[→] Ce que vous avez acquis par le péché, il faut l’abandonner avec le péché.
MARIE.[→] Je pensais à distribuer ces objets aux pauvres ou bien à les offrir aux saints autels.