THAÏS.[→] Accordez-moi seulement un court délai, pour réunir les richesses que j’ai si mal acquises et que j’ai trop longtemps conservées.

PAPHNUCE.[→] Ne vous inquiétez pas de ces choses; il ne manquera pas de gens qui s’en serviront, quand ils les auront trouvées.

THAÏS.[→] Je ne m’inquiète de ces biens ni pour les garder, ni pour les donner à mes amis: je ne songe pas même à les distribuer aux indigents; car je ne crois pas que le prix de ce qui demande une expiation puisse être convenablement employé en bonnes œuvres[(71)].

PAPHNUCE.[→] Vous avez raison. Et qu’avez-vous résolu de faire de ces monceaux de richesses?

THAÏS.[→] Je veux les livrer aux flammes et les réduire en cendres.

PAPHNUCE.[→] Pourquoi?

THAÏS.[→] Pour ne rien laisser dans le monde de ce que je n’ai acquis qu’en péchant et en outrageant le Créateur du monde.

PAPHNUCE.[→] Oh! que vous êtes différente de cette Thaïs qui brûlait naguère de passions impures, et qui était altérée d’or[(72)]!

THAÏS.[→] Peut-être deviendrai-je meilleure, si cela plaît à Dieu.

PAPHNUCE.[→] Il n’est pas difficile à son essence immuable de changer toutes choses à son gré.