THAÏS.[→] Je rougis de le dire.

PAPHNUCE.[→] Ne rougissez pas, et parlez sans détour.

THAÏS.[→] Qu’y a-t-il de plus pénible, de plus révoltant que d’être forcée de satisfaire dans un même lieu à toutes les nécessités corporelles? Il est certain que cette cellule sera bientôt infecte et inhabitable.

PAPHNUCE.[→] Craignez les douleurs de la torture éternelle, et ne redoutez pas les maux passagers.

THAÏS.[→] C’est ma faiblesse qui me force à craindre.

PAPHNUCE.[→] Il est convenable que vous expiiez par des incommodités rebutantes la mollesse et les jouissances coupables de votre vie passée.

THAÏS.[→] Je ne résiste pas: je conviens qu’il est juste que, souillée par l’impureté, j’habite une fosse impure et fétide. Je gémis seulement de voir qu’il ne me restera aucune place où je puisse convenablement et décemment invoquer le nom de la redoutable Majesté.

PAPHNUCE.[→] Et d’où vous vient cette présomption d’oser prononcer de vos lèvres salies le nom de la Divinité sans tache?

THAÏS.[→] Et de qui puis-je espérer mon pardon? qui me sauvera par sa miséricorde, s’il m’est défendu d’invoquer celui contre qui seul j’ai péché, et à qui seul je dois offrir mes prières ferventes?

PAPHNUCE.[→] Vous devez prier non par des paroles, mais par des larmes; non par le son plaintif de votre voix, mais par le râle de votre cœur repentant.