C’est peine perdue de leur faire remarquer que la loi de neuf mois renouvelable est plus dure pour les femmes que la loi de deux ans pour les hommes; que beaucoup plus de femmes succombent sur le lit de douleur pour l’œuvre de création, que d’hommes sur le champ de bataille pour l’œuvre de destruction.
Les femmes ne se battent pas; mais, tous les hommes non plus ne se battent pas; il y a de par le monde une foule d’hommes impropres au service militaire; on les appelle des réformés, ces réformés, jouissent cependant de leurs droits civiques.
Personne n’a jamais songé à contester le droit de vote à ceux que le conseil de revision a repoussés.
Il est donc bien singulier de voir se manifester quand le sexe féminin réclame ses droits, des exigences que l’on n’a pas pour le sexe masculin.
Cette objection du service militaire n’est pas nouvelle. J’ai épinglé dans mon cabinet de travail un numéro du Grelot illustré, où sous ce titre «Hubertinauclertinade», Alfred Le Petit a dessiné un militaire qui interpelle ainsi une femme enceinte:
—Eh! dites donc vous, la citoyenne, puisque vous voulez les mêmes droits que nous, venez donc faire aussi vos vingt-huit jours?
—Pourquoi pas, si vous voulez faire nos neuf mois?... répond la future mère.
Les plaisantins qui voudraient laisser la femme hors du droit commun, parce qu’elle n’assume pas à la fois la peine de perpétuer la race et celle de défendre le territoire, négligent de songer que, s’ils exigeaient pour leur sexe pareil cumul, il serait infiniment moins facile aux hommes d’être mères qu’aux femmes d’être soldats.
Il y a déjà eu des femmes soldats: les Gauloises accompagnaient leurs maris à la guerre, elles étaient si intrépides, elles maniaient avec tant d’adresse le bouclier, qu’elles avaient reçu en présent de leur fiancé, qu’un Gaulois pouvait, disait-on, terrasser six ennemis s’il était secondé par sa femme dont les bras nerveux se raidissaient et portaient des coups aussi terribles que ceux des pierres lancées par des catapultes.
Sous l’ancienne France des femmes se ceignaient virilement d’un habit de guerre, combattaient, ou se précipitaient entre les bataillons armés, pour les empêcher d’en venir aux mains en s’écriant: «Gardez-vous de livrer un combat ou périra tout le bien du pays.»