«La collectivité des hommes et des femmes a les mêmes intérêts sociaux et politiques. Pourquoi l’homme s’est-il arrogé à lui seul le privilège de faire les lois? Se croit-il un roi infaillible? Vous riez beaucoup, messieurs les libres-penseurs, vous riez beaucoup du pape infaillible; mais dans la vie présente, vous tous, vous êtes des papes infaillibles. Vous nous obligez, nous, la moitié de l’humanité, et cela, sous peine de condamnation, à nous soumettre sans examen, sans discussion, aux lois que vous nous faites.»
«Trouvez-vous juste, messieurs, que les femmes subissent les lois sans les faire; qu’elles soient mineures devant les droits, majeures devant les lois répressives; qu’elles n’aient pas le droit de s’occuper de politique, et que, pour un écrit politique, elles soient condamnées à la prison et à l’amende; qu’elles n’aient pas le droit de cité et qu’elles soient admises à monter sur l’échafaud, comme cette femme ministre, Mme Roland; qu’elles n’aient pas le droit d’opter pour une forme de gouvernement et qu’elles aient celui d’aller agoniser à Lambessa, comme cette mère de famille, Pauline Roland. Trouvez-vous juste, messieurs, que les femmes n’aient pas le droit d’affirmer leur opinion par un vote, quand, pour avoir prêché les principes républicains, beaucoup ont été emprisonnées, exilées, déportées?
La société Le Droit des Femmes, fondée en 1876, ne voulut s’inféoder à aucun système. En protestant contre les lois existantes faites sans les femmes contre les femmes, elle a toujours rejeté l’idée d’institutions futures élaborées sans le concours des femmes, parce que ces institutions seraient encore faites contre elles.
En 1879 eut lieu à Marseille, le congrès socialiste ouvrier qui vota l’égalité de l’homme et de la femme, et ainsi fit inscrire dans le programme du parti des travailleurs socialistes de France, art, 5. «Egalité civile et politique de la femme».
Voici un extrait du discours prononcé par moi à ce Congrès où la société «Le Droit des Femmes» m’avait déléguée.
«On trouve bon de faire des recherches scientifiques sur tout. On multiplie les expériences tendant à tirer des bêtes tout l’utile, des plantes tout le salutaire. Mais jamais encore on n’a songé à mettre la femme dans une situation identique à celle de l’homme, de façon à ce qu’elle puisse se mesurer avec lui et prouver l’équivalence de ses facultés. On dépense en France des sommes folles pour obtenir certaines qualités, souvent factices, chez des races d’animaux, et jamais on n’a essayé d’expérimenter avec impartialité la valeur de la femme et de l’homme. Jamais on n’a essayé de prendre un nombre déterminé d’enfants des deux sexes, de les soumettre à la même méthode d’éducation, aux mêmes conditions d’existence.
«Qu’on permette aux femmes d’exercer les droits dont jouissent les hommes et qu’on enserre les hommes dans les préjugés à l’aide desquels on a garrotté les femmes; bientôt les rapports entre la valeur des sexes seront totalement renversés.»
«Pour édifier la société future de manière à ce que les femmes n’y soient pas lésées, il leur faut le droit de travailler à l’édifier; il leur faut l’outil qui se trouve au pouvoir de l’homme: le bulletin de vote.......»
La société «Le Droit des Femmes» toujours agissante, fit des manifestes, des conférences, des pétitions, des manifestations. A la première fête nationale, sa bannière bleue voilée de crêpe provoqua des applaudissements et des critiques.
Alors que les féministes de ce temps-là interrogeaient le vent; étaient paralysés par la crainte du ridicule, restaient chez eux ironiques et bras croisés; nous déployions sous les injures et les outrages, ce drapeau programme du féminisme, La Citoyenne!