«Je me soumettais aux impositions, parce que je croyais que dans la commune, dans le département, dans l’Etat, qui me trouvent bonne pour supporter ma part de charges, je possédais ma part de droits.

«Ayant voulu exercer mon droit de citoyenne française, ayant demandé, pendant la période de revision, mon inscription sur les listes électorales, on m’a répondu que «la loi conférait des droits seulement aux hommes et non aux femmes.»

«Je n’admets pas cette exclusion en masse des femmes, qui n’ont été privées de leurs droits civiques par aucun jugement. En conséquence, je laisse aux hommes qui s’arrogent le privilège de gouverner, d’ordonner, de s’attribuer les budgets, le privilège de payer les impôts qu’ils votent et répartissent à leur gré.

«Puisque je n’ai pas le droit de contrôler l’emploi de mon argent, je ne veux plus en donner. Je ne veux pas être, par ma complaisance, complice de la vaste exploitation que l’autocratie masculine se croit le droit d’exercer à l’égard des femmes. Je n’ai pas de droits, donc je n’ai pas de charges; je ne vote pas, je ne paye pas.

Recevez, etc.

«Hubertine Auclert.»

Cette lettre fut publiée par tous les journaux; les plus hostiles à nos idées écrivirent: «La question se trouve par cette logique serrée portée du coup sur son véritable terrain.» Dans une société où tout repose sur le principe d’égalité, il est incompréhensible que les droits que les femmes demandent ne leur soient pas accordés: Nous payons des impôts disent-elles, nous devrions être autorisées à les voter et à en surveiller l’emploi.»

«Vous êtes dans l’impossibilité, d’opposer à ce raisonnement une seule objection qui n’ait pas été réfutée déjà par les partisans de la souveraineté populaire.

«L’examen de ce qui se passe dans l’existence fournit d’excellents arguments à l’appui de la théorie des femmes. Voilà par exemple une dame d’intelligence et de volonté qui a fondé une importante maison de commerce; elle occupe deux cents ouvriers et employés; elle verse à l’Etat sous forme d’impôt des sommes considérables. Vous n’admettez pas que cette femme ait le droit de discuter cet impôt, de peser par sa voix sur certaines questions de tarif, d’apporter l’appui de son expérience à des débats économiques. Ce droit, vous l’attribuez sans hésiter à un rôdeur de barrière, qui n’a jamais gagné honnêtement un liard de sa vie.»

Sous ce titre: Grève des Contribuables M. Charles Bigot écrivit dans Le XIXe siècle: «On ne saurait contester à Mlle Hubertine Auclert d’avoir eu une idée. Ni en Angleterre, ni en Amérique où les champions du droit des femmes ne manquent pas cependant, le beau sexe n’avait encore imaginé de protester contre l’exploitation de l’autocratie masculine par le refus de l’impôt. Mlle Hubertine Auclert coupe les vivres à une société qu’elle trouve injuste pour son sexe. Pas de droits électoraux, pas d’argent. La déclaration est nette au moins.»