Mais ce fut surtout une grêle d’injures qui plut sur ces énergiques lutteuses pour leur faire lâcher pied.

Dans Le Petit Parisien, Jean Frollo en louant la crânerie des insurgées contre le fisc avait prévu les défections qui devaient se produire.

Sur les vingt femmes qui avaient refusé l’impôt, trois seulement, Hubertine Auclert, Vve Bonnaire, Vve Leprou ne furent pas effrayées par les papiers de toutes couleurs qu’elles reçurent, résistèrent aux sommations du percepteur et les huissiers saisirent leurs meubles.

«Je ne plains pas trop, écrivit Henry Fonquier, Mlle Hubertine Auclert, elle a eu du bruit pour son argent. Il lui a suffi de ne pas payer ses contributions pour devenir célèbre. Dans le pays où «paraître est tout», elle a paru. Les curieux de l’avenir, qui voudront écrire l’histoire du refus de l’impôt au XIXe siècle, ne pourront se dispenser de parler d’elle. Elle appartient à l’histoire, en compagnie de M. de Genoude, qui faisait vendre son fauteuil, et de M. Gambon, qui faisait vendre sa vache. Ceci pourrait donner matière à un groupe curieux, et il est bizarre de voir un catholique légitimiste, un socialiste et une femme libre user du même procédé.»

Dans «Les Femmes qui tuent et les Femmes qui votent,» Alexandre Dumas parle de notre refus de payer l’impôt, il démontre qu’on ne peut faire que des objections de fantaisie à nos revendications des droits politiques.

Tous les gens de bonne foi pensent bien que si l’on nous empêche de contrôler les budgets, c’est-à-dire d’avoir l’œil ouvert sur l’administration de nos affaires c’est afin de pouvoir mieux nous duper.

En refusant l’impôt, les femmes ont voulu mettre l’Etat au défi de fonctionner sans elles. Cette protestation est légitime, qui paie est en droit de donner son avis.

Qui paie la dépense doit la consentir.

En 1066 ses amis et conseillers dirent à Guillaume duc de Normandie: «Il vous faut demander aide et conseil à la généralité des habitants de ce pays; car, il est de droit que qui paie la dépense soit appelé à la consentir.»

«Raison est que qui paie l’escot il soit à l’asseoir.»