Les articles du code qui incitent l’homme à mépriser sa mère, l’époux à mépriser sa compagne, le sexe masculin à mépriser le sexe féminin, pervertissent le sens moral de la nation et font qu’aimer et être bon n’est pas la vraie recette pour être heureux. C’est au contraire la recette infaillible pour bien souffrir. Quiconque a une âme noble, un cœur d’élite est tout le long de la vie meurtri. On s’imagine que la force attractive qui pousse les êtres les uns vers les autres, est la garantie du bonheur conjugal.
L’amour rend les humains seulement plus aptes à commettre des erreurs, puisqu’en leur enlevant toute lucidité il les empêche de discerner s’il y a entre eux l’antipathie qui les fera ennemis, ou la concordance de goûts, de pensées, de sentiments d’où résultera leur union morale, la fusion de leur moi.
Combien peu d’êtres sont capables de se comprendre... Ils existent peut-être mais inconnus les uns aux autres. Si ceux qui ont une âme identique se trouvaient face à face, ils ne s’aimeraient pas, car chacun est séduit par le contraste. L’homme grave, le savant sera attiré par l’insouciance d’une enfant. La femme sérieuse, instruite, aimera n’importe quel fou. C’est cette loi éternelle qui cause les déchirements de ceux qui aiment.
Et les hommes trahis trouvent l’apaisement de leurs tourments. Ils ont tous les moyens pour oublier leur peine. Le meilleur est la politique qui leur permet de transporter leur activité cérébrale et affective du «home» solitaire, en la commune et l’Etat où tant d’intérêts passionnants se disputent leur sollicitude.
Aux deux sexes souffrant de l’inconstance, il serait rationnel d’offrir les mêmes remèdes. Pourquoi le moyen de rattacher à l’existence, en se préoccupant d’organiser une vie meilleure aux générations, ne serait-il pas donné aux femmes comme aux hommes désespérés?
Les femmes soumises comme les hommes aux règles légales et aux charges sociales, n’ont pas seulement le droit indéniable de participer à la politique, elles ont besoin d’y participer afin de trouver là un point d’appui, quand, par le fait de la mort ou de l’abandon de leur compagnon, le sol manque sous leurs pieds.
Les hommes, pris par mille occupations diverses, n’apportent pas une attention suffisante à l’amélioration des conditions d’existence des masses, mais les femmes sans rôle ni but, les veuves, les abandonnées, concentrant là leurs énergies accumulées, pourraient aider à résoudre des problèmes qui aujourd’hui semblent insolubles, parce que concernant l’humanité tout entière, les seuls efforts masculins sont impuissants à en donner la clef.
Plutôt que de laisser le chagrin miner la vigueur, et l’obsession des regrets troubler les cerveaux, ne vaudrait-il pas mieux faire sortir, de l’excès des tortures individuelles, la rédemption générale?
L’âge et le sexe
La différence d’âge des époux rend souvent aussi impossible le bonheur conjugal. Généralement le mari est beaucoup plus âgé que la femme. Cependant la grande Mademoiselle Louise d’Orléans duchesse de Montpensier, avait six ans de plus que Lauzun. Talma, avait 28 ans quand il se maria et sa femme, Julie Carreau, 37 ans.