Ce sont là des exceptions: d’ordinaire l’époux a de 8 à 12 ans de plus que l’épouse, parce que soit-disant, la femme vieillit plus vite que l’homme.
Le préjugé relatif à l’âge de la femme n’est qu’un moyen de domination. L’homme bedonnant et blanchissant peut, s’il le veut, être amoureux; son cœur à lui ne vieillit pas, tandis que si une femme qui n’est plus jeune laisse deviner son besoin d’aimer, elle paraît ridicule.
Le sexe masculin s’est concédé la jeunesse éternelle, peut-être à tort, car son organisme n’est point aussi résistant que celui du sexe féminin.
Si nous en croyons les statistiques, le sexe-minorité a beaucoup moins de vitalité que le sexe-majorité, puisque trente mille hommes de plus que de femmes meurent chaque année.
Pourquoi l’homme pourvu de moins de force vitale que la femme est-il censé paraître plus jeune qu’elle?—Parce qu’il existe intégralement et que la femme n’existe qu’à moitié, étant annulée en politique.
La politique tient tellement dans sa dépendance la vie sociale et économique, que chacun, selon que son sexe y participe ou non, est estimé en tant qu’être humain ou en tant qu’animal. Ainsi l’homme qui vote, légifère, est apprécié au triple point de vue moral, intellectuel et physique, tandis que la femme qui ne vote pas, l’est seulement en raison de sa valeur physique.
La femme qui ne vote pas ne vaut que pour le service, le décor et la reproduction. Si volontairement ou non elle s’est soustraite à son rôle animal, on la cloue au pilori avec cette épithète «vieille fille» en laquelle sont résumés l’égoïsme et l’acariâtreté.
C’est d’une victime du désordre social dont on a fait ce hideux hibou. Regardez la vieille fille, cette cible vivante sur laquelle s’exerce la méchanceté humaine, et vous serez attendri par son abnégation, son sourire navré.
N’est pas qualifiée de vieille fille toute femme qui vieillit dans le célibat. Une cocotte surannée, une religieuse blanchie sous la cornette, ne sont point appelées vieilles filles.
Pour n’être pas vieille fille, il suffit de sacrifier au Dieu qui règne dans le ciel ou au Dieu mâle qui règne sur la terre.