A quel âge la jeune fille s’entend-elle qualifier de vieille?—Dès qu’elle sort de l’adolescence. Si, à vingt-quatre ans, elle n’est pas mariée, elle coiffe Sainte-Catherine et entre en la confrérie des vieilles filles.
Alors même qu’en la vieillesse l’homme ne cesse d’être le jeune premier, se croyant apte à plaire et à exciter l’amour, la fillette en sa croissance est tourmentée par la crainte de laisser passer l’heure de captiver l’homme. Le préjugé qui lui fait se faire un point d’honneur de ne pas attendre vingt-cinq ans pour devenir épouse, force à s’accomplir avec la précipitation du désespoir beaucoup d’unions mal assorties.
Si plus des deux tiers des femmes ne se marient pas en France—vingt neuf à trente trois Françaises pour cent seulement arrivent à se faire épouser—c’est évidemment parce que les hommes restent vieux garçons.
Or, jamais aux vieux garçons ne s’attache le ridicule jeté sur les vieilles filles par les hommes, pour forcer les jouvencelles à s’éprendre d’eux.
On ne fait pas à l’homme, de l’état de vieux garçon, un reproche; au contraire. On l’entoure, on le choie, on se le dispute, le vieux garçon; il est partout le bienvenu ouvrant le champ à tous les espoirs.
La femme qui n’a jamais été sollicitée de contracter une union est autant que celle qui a refusé de se consacrer à l’homme, traitée d’égoïste. Alors que le garçon qui se dispense d’avoir une compagne et se fait aimer de celles des autres, est, même par les maris, appelé galant homme.
Pourquoi, quand on apprécie les hommes qui restent célibataires, bien qu’ayant toutes facilités de cesser de l’être, vilipende-t-on les femmes dont il ne dépend pas de la volonté de sortir du célibat?...—Parce que les hommes sont des êtres humains, des citoyens, et que les femmes sont encore assimilées aux animaux.
Au lieu d’être déconsidérés, les vieux garçons sont honorés. Ils occupent en France les hautes fonctions. Au Parlement, dans l’administration, on ne voit que des célibataires! Le mariage est obligatoire, seulement pour la femme, parce que la femme n’existe que pour le mariage. Elle est encore, ainsi qu’écrivait Napoléon à Sainte-Hélène, «la propriété de l’homme comme l’arbre à fruit est celle du jardinier».
Le nombre des femmes étant supérieur à celui des hommes, tous les Français consentiraient-ils à renoncer au célibat, que toutes les Françaises ne pourraient avoir un époux. Au lieu donc de dépriser l’état de célibataire, qui n’annihile aucunement les facultés intellectuelles, il conviendrait de réagir contre le préjugé du mariage obligatoire pour la femme, et d’utiliser au profit de la collectivité nationale les trésors du cœur féminin laissés en disponibilité.
Les vieilles filles dont se gaudissent les hommes, sans doute par ce qu’elles sont les seules femmes qui gardent sur eux des illusions, ont généralement l’esprit ouvert aux larges pensées humaines. Il en est parmi elles qui se lamentent de voir aussi mal utiliser par le sexe souverain, les moyens d’amélioration sociale dont il dispose.