«Que le travail de la femme dans la famille soit évalué et qu’on prenne pour base de cette évaluation la rémunération qui serait donnée à une salariée pour exécuter le même travail».
Evaluer un travail, c’est évidemment décider de le rétribuer.
La rémunération empêchera le travail du ménage de paraître abject. Elle relèvera, aux yeux de l’homme, la femme qui l’accomplit et elle rapprochera les époux.
En émettant ce vœu, la ligue de l’enseignement ne s’est pas seulement, à l’exemple de son fondateur, Jean Macé, déclarée en faveur de l’égalité des sexes, elle a orienté la femme vers le féminisme. Car en s’affirmant partisans de l’équité envers la femme, les éducateurs ont reconnu la nécessité d’apprendre à être juste à son égard.
Chez nous, ce qui maintient particulièrement la femme dans l’esclavage, c’est la corvée domestique qui, en usant ses forces, en prenant son temps, la laisse dénuée. La ménagère qui ne reçoit point même de l’homme la somme indispensable pour le ravitaillement de la maisonnée, en peinant beaucoup, en accomplissant des miracles d’économie, est obligée de mendier à son mari quand elle a besoin de quelques centimes.
Or, pendant que la malheureuse reste privée d’argent, l’homme qui lui fait faire gratuitement sa part de besogne à la maison, dépense sans compter au cabaret! Ne serait-il pas équitable qu’il remette à sa compagne une part de salaire qu’elle lui a permis d’obtenir en se déchargeant des occupations domestiques?
L’égoïsme est funeste même à l’homme qu’il favorise, et il est urgent de cesser d’exploiter la femme; obliger, en effet, la procréatrice de se surmener, c’est assurer la naissance d’un maximum d’enfants anormaux, donc créer des charges sociales.
Actuellement, de nombreuses femmes, forcées pour vivre d’exercer un métier, doivent, après le travail professionnel achevé, recommencer à se fatiguer en accomplissant la besogne domestique. L’hypocrite loi qui leur interdit la veillée pour exécuter l’ouvrage payé, leur laisse toute liberté de passer la nuit à peiner gratuitement.
L’homme, en sortant du bureau, du magasin, de l’atelier, se repose et se distrait, pendant que son esclave, en quittant son emploi, s’exténue pour lui assurer logement, linge, vêtements propres, repas bien apprêtés.
Aider la femme à échapper à l’exploitation familiale, c’est la rendre apte à mettre au monde des humains, qui, étant moins à redresser, plus aisément se développeront.