Quand le travail de gestation et d’enfantement qui perpétue l’espèce humaine, quand le travail domestique qui la conserve seront appréciés à leur valeur, le préjugé du sexe disparaîtra.

Les femmes qui peinent presque sans interruption et, quasi sans rétribution, ont leurs cris de souffrance étouffés en l’enceinte que leur fait l’isolement.

Entre les femmes, nul point de contact; le terrain politique qui permet aux hommes de se connaître, de s’unir pour défendre leurs intérêts corporatifs comme leurs intérêts publics, leur fait à elles, défaut. Aussi, ne sont-elles que quelques-unes de groupées dans des métiers où sont surmenées, exploitées, des milliers et des milliers d’ouvrières.

Malgré que les socialistes, au pouvoir, ne puissent rien pour les femmes tant qu’elles ne votent pas, combien, néanmoins, celles-ci en s’associant, en donnant aux exploiteurs la peur d’un concert de plaintes, pourraient améliorer leur sort!

C’est moins relativement à la limitation des heures de travail de la femme—limiter le travail féminin qui ne s’achève là que pour reprendre ailleurs, est une amère ironie—que, contre la condamnation de la femme à un double labeur: l’un à peine payé, l’autre tout à fait gratuit, que devrait se porter l’effort féministe.

Si, dans une usine ou une fabrique, la moitié des employés disait à l’autre moitié en désignant un ouvrage rebutant: «Chargez-vous de cette ingrate besogne qu’il ne nous plaît point de faire. Vous ne recevrez pour cela aucune indemnité, mais nous nous ferons rétribuer le temps que vous emploierez à accomplir à notre place, notre part de ce travail; et, si vous avez soin de bien nous disposer envers vous, aussi longtemps que cela nous sera agréable, sans trop nous faire tirer l’oreille, nous subviendrons à votre entretien. Les dupeurs proposant ce marché, seraient vite remis à leur place par ceux qu’ils voudraient exploiter.

Eh bien, la convention, qu’en aucun cas jamais des hommes ne pourraient faire accepter par d’autres hommes, est subie par les femmes.

Beaucoup de Françaises ont dans leur ménage la position d’un enfant auquel, dans un moment de générosité, on promet un jouet, dans l’occurrence, un objet de toilette; la somme nécessaire à son habillement ne lui étant donnée comme une faveur, que pour chaque objet.

Si le pivot de la famille est ainsi humilié, c’est un peu sa faute. Il suffirait que les femmes qui s’usent au travail improductif, se missent en grève pour que l’homme fût contraint ou de les indemniser pour les servir, ou de distraire quelques heures de son temps rétribué, pour se servir lui-même. Si la grève des mineurs en raréfiant le combustible peut arrêter le machinisme, la grève des ménagères forcerait, faute d’être entretenue, huilée, la machine humaine elle-même, à s’arrêter.

Les hommes profitent du travail féminin, sans se donner la peine de penser que l’exploitation de la femme dans le ménage par l’époux, autorise l’exploitation de la femme par l’employeur.