Les maris, qui ont avili la main-d’œuvre féminine, en établissant l’usage de ne point la payer, accusent ensuite les femmes de faire baisser les salaires quand elles apportent, en leurs métiers, l’effort de leurs bras dont, par la coutume de bénéficier de la gratuité, ils ont reconnu l’indignité à être récompensée.
L’Etat admet ces malhonnêtes procédés envers le sexe féminin, qu’il exploite partout où il l’emploie, en lui donnant, pour un travail égal, un salaire moindre qu’au sexe masculin.
Alexandre Dumas écrivit un jour à une actrice qui lui avait fait des confidences:
«Méprisez l’homme, passez-vous de lui: toute la force, toute la valeur de la femme est là!»
En ce conseil est formulé le principe de la liberté féminine. La femme qui peut exister moralement, matériellement, diriger ses affaires, satisfaire à ses besoins sans le secours de l’homme, est en dépit de l’asservissement des lois et des mœurs, son propre maître.
Chose curieuse, les hommes qui, tous se sentent un peu de faiblesse de caractère, poursuivent la conquête des femmes aptes à endosser leurs responsabilités. Ils recherchent les fortes qui peuvent se passer d’eux. En dehors des riches, qui ont toujours été l’objet de leurs convoitises, les pourvues de bonnes professions ou de réelles aptitudes domestiques fixent surtout leurs choix. Certes, ils aiment les coquettes, mais seulement pour flirter!
Cependant, les parents ne tiennent point compte de cette indication. Ils admirent leurs enfants et attendent tout pour elles de leurs regards fascinateurs. Les laisseraient-ils dépourvues à la fois, de professions et de dots? Ils développent chez leurs filles un intensif besoin de luxe. De même que la riche, la plus pauvre semble devoir être une décorative. Elle est parée afin de bien affirmer que, seul, un homme très riche pourra l’entretenir. Parée, à crédit souvent, les industriels escomptent le mariage des belles filles, comme les usuriers celui des garçons cultivés.
Les institutrices se joignent aux mères idolâtres pour maintenir en l’erreur, au lieu de les fortifier dans les réalités, les jeunes personnes. Des éducatrices qualifient les soins du ménage de «besogne de femmes de charge devant laquelle reculeront les jeunes filles instruites et bien élevées».
Si, en nos écoles, on éveille de la répugnance pour la première obligation imposée à toute Française, n’ayant point le moyen de se faire servir, il ne faut plus s’étonner que le Café reste, comme l’appellait Théodore de Banville, «Le paradis de la civilisation, l’inviolable refuge de l’homme contre les poussières et les vulgarités du ménage».
L’éducation et l’instruction ne rendent pas inaptes à se servir soi-même. Au contraire, tout développement est propice à émanciper du préjugé qui fait classer le travail en besogne noble ou vile et à le faire accomplir, ce travail, quel qu’il soit, sans penser déroger.