Les manifestants qui proclament que le 1er mai veut dire: «Plus de travail exténuant, repos normal, loisir...» ont-ils mis dans leur programme d’alléger le fardeau de leur compagne en partageant avec elle le travail, aussi nécessaire qu’improductif, du ménage?
Ce n’est pas, dira-t-on, l’affaire de l’homme de balayer la maison, de nettoyer les ustensiles, de laver, raccommoder les hardes, de préparer le dîner.—C’est bon pour une femme de peiner gratuitement dans ces métiers de femme.
Est-ce qu’il n’y a pas des hommes qui sont valets de chambre, tailleurs, blanchisseurs, cuisiniers, marmitons?
Lorsqu’il s’agit de gagner de l’argent, l’homme dispute très bien à la femme l’office de ménager qu’il trouve indigne de lui quand il s’agit d’en faire la besogne pour rien.
Les mères sont, il faut l’avouer, un peu coupables de leur exténuement. En négligeant d’apprendre à leurs fils à se servir eux-mêmes, elles perpétuent, à travers les générations, la tradition du servage féminin.
Pourquoi l’homme, qui n’a pas au régiment, de domestique pour faire les corvées, se débarrasse-t-il dans la vie civile, sur sa mère, sur ses sœurs, sur son épouse, de tout ce qu’il y a de pénible à accomplir dans la maison?
Astreint, comme la femme, à se nourrir, à user ses vêtements, à salir son linge, sa vaisselle et son logement, déchoirait-il plus qu’elle, en balayant, en lavant, en préparant ses aliments, en recousant ses boutons, comme il le faisait, sans rechigner, à la caserne?—Non! Et avant de posséder, ou après avoir perdu cette servante gratuite qu’on dénomme son épouse, l’homme se trouverait fort bien de s’obliger soi-même.
Le partage entre époux du travail du ménage permettrait à la femme de partager le repos, le loisir de l’homme. Alors en rentrant au logis, le mari trouverait au lieu d’une femme fatiguée, épuisée, qui a parfois la bouche amère, une compagne aimable, gracieuse, avec laquelle il serait fier de se montrer.
Quelle entente mettrait dans le ménage ce simple travail fait ensemble! Les époux s’entr’aidant en bons camarades, il n’y aurait plus chez la femme, succombant sous l’effort, la sourde révolte qui se traduit en humeur. Et chez l’homme, ce serait fini du mépris pour celles auxquelles sont dévolues des occupations dites serviles—parce que non rétribuées—puisqu’il partagerait ces occupations.
L’épouse, pas surmenée, conserverait sa gaîté de jeune fille, et, le mari n’ayant plus à redouter les plaintes et les poussières, se trouverait heureux dans le logement où grâce à ses muscles, brillerait ce luxe du pauvre: la propreté.