La corvée amicalement partagée entre mari et femme, obligés à se servir eux-mêmes, semblerait moins pénible. L’effort réciproque pour rendre l’habitation commune agréable, rapprocherait les conjoints.

Bien plus sages que nous, les Américains reconnaissent que les deux sexes étant dans l’obligation de se nourrir et de se vêtir, doivent savoir cuisiner et coudre. Ils font, dans les collèges, suivre en commun par les garçons et par les filles les cours de cuisine et de couture, afin qu’en l’épreuve de la vie hommes et femmes soient pareillement aptes à se rendre, à l’occasion, à eux-mêmes, services.

Quand s’inspirera-t-on dans les écoles de France de ce bon exemple Américain?

Qui fera le ménage?

Comme les jeunes filles, les jeunes gens ont besoin d’être initiés aux arts domestiques.

—Qui fera demain le ménage?

—Celui des époux qui sera le plus savant!

«Celui de nous deux, dit Socrate, glorifiant le travail du ménage, qui sera le plus industrieux économe, est celui qui apporte le plus en la société.»

Que l’on ne se hâte point de sourire. Avant de réfuter ces affirmations, il est bon d’examiner si un intérêt supérieur n’exige pas, que soit remonté le courant d’anarchie sociale où tout est bouleversé, déplacé, où nulle chose n’est appréciée selon sa valeur, où nul être n’est, d’après son mérite, coté.

En notre société où un commis de magasin est mieux vu que l’indispensable semeur de blé, où les professions sont d’autant moins rétribuées et considérées qu’elles sont plus utiles, où l’on gagne davantage à amuser les êtres qu’à décupler leur existence, où il y a l’académie de musique et pas l’académie de l’alimentation, il n’est point surprenant que le sexe masculin défende ses positions honorées, parce que lucratives, et ne veuille participer aux travaux, qualifiés de vils, parce que pas rémunérés.