Quand se dissiperont les ténèbres qui voilent aux humains la vérité? Les arts domestiques, dont peut résulter la modification des êtres, seront recherchés, réhabilités. Si l’on ne crée pas comme le proposent des gastronomes, une académie de femmes gardiennes de l’art de bien vivre, on peut être certain que les générations futures se préoccuperont de vivre pleinement, en complète santé et que selon le vœu du baron Brisse, sera installée à Paris une faculté de chimie culinaire, et que la science de l’alimentation enseignée gratuitement fera baisser la mortalité.
Présentement, les humains ont moins que les animaux, l’instinct de la conservation.
Dans les écoles on apprend tout aux enfants, hormis l’art d’augmenter l’énergie vitale.
Mais viendra l’heure où chacun ayant la science de la conservation, s’évertuera à renouveler ses forces pour prolonger son existence. Alors, l’ensemble des travaux qui coopèrent à ce résultat, apparaîtra de premier ordre, sera le plus relevé. Les êtres instruits et intelligents ne se déchargeront plus sur quiconque, à la maison, des soins que le savant se réserve à lui-même dans le laboratoire.
On a déjà, de cela, des signes précurseurs. Lorsque les femmes demandent à contrôler l’emploi de l’argent qu’elles versent, comme contribuables, chez le percepteur; et que les malotrus leur crient:—Votre place est à la cuisine; retournez à vos casseroles! elles ne se sentent point insultées et regardent d’un gentil air de pitié leurs insulteurs. On croirait qu’elles ont compris:—Votre place est au laboratoire! Retournez à vos cornues!
Tout le monde a aujourd’hui l’intuition de cuisines savantes, on pressent que les casseroles méprisées deviendront les philtres, en lesquels on puisera le secret de vie, l’élargissement intellectuel.
L’humain possédant la science de la conservation, substituera à la médication inoffensive ou corrodante, l’alimentation scientifique qui favorisera le libre jeu de tout l’organisme. En ce temps-là, on traitera d’égaux les préparations de bouillons régénérateurs et les confectionneurs de bouillons de culture. Le cuisinier sera un savant comme le savant est un cuisinier.
Bien que les tranches de pain coupées en rond ne doivent plus, comme autrefois, servir d’assiettes, que restera-t-il à ce moment de la vulgarité du ménage?—Pas même les poussières que Banville conseillait de fuir en allant au café.
Hommes et femmes se disputeront les prérogatives qui leur permettront de rendre beaux les laids, vigoureux les faibles, avec un atome de substance ferme et fluide.
Comme en la parant de la couleur seyante on fait s’affirmer la beauté, en adaptant au tempérament de chaque individu les sucs nourriciers appropriés, on décuplera la vigueur physique et intellectuelle, on fera s’affirmer la santé. On peut donc prédire le triomphe des manieurs de casseroles où s’élaboreront les mixtures vivifiantes.