Pour le moment, la cuisine est désertée et ce qu’on y fait est qualifié d’œuvre vile, ne méritant pas d’être rémunérée. Un politicien malade n’existant que grâce à sa ménagère, a même, en parlant des salaires, avancé cette énormité qui synthétise les erreurs contemporaines:—Il tombe sous le sens que le travail d’une ménagère a moins de valeur sociale que celui d’un mécanicien, d’un employé.
Mais la ménagère est le premier des mécaniciens, puisqu’elle entretient en un bon état de fonctionnement, la machine de chair humaine autrement précieuse que celle de métaux que la vapeur met en mouvement. Car à quoi serviraient toutes les autres machines, si celle-ci d’abord n’existait?
C’est l’absence du sentiment de sa propre conservation qui fait mépriser par l’homme les travaux dont la prolongation de l’existence peut résulter.
L’aristocratie de sexe qui a succédé à celle de caste ne permet pas aux mâles de se livrer aux occupations ménagères; c’est travail vil, parce que improductif.
Pourtant, bien que l’on ne sache commander que ce que l’on sait exécuter, ces mêmes hommes qui trouvent l’art ménager au-dessous d’eux, se sont réservé le droit d’élaborer le programme du cours ménager voté par le Conseil Municipal, et ils brevèteront aussi le savoir ménager, puisqu’il y aura à faire cela, honneurs et profits pour eux.
L’homme ne veut pas sans être rémunéré, s’utiliser; même celui qui a pour métier de servir les autres, feint en rentrant chez lui, de ne pas savoir se servir lui-même.
C’est l’ignorance et le préjugé qui font considérer comme abjects les travaux de premier ordre. La science de la conservation humaine exhaussera les arts domestiques.
Demain on honorera les inventeurs de mets réparateurs, comme on honore aujourd’hui les inventeurs d’engins meurtriers.
XVI
Les Mères doivent voter
«Le vote est le droit à la considération, le vote est le droit au pain.»