H. A.

La mère doit voter pour préparer un bon avenir à ses enfants. La femme électeur ne peut pas comme le demandait un candidat, être un satellite de l’homme. Elle doit déposer elle-même son bulletin dans l’urne, et non se borner à multiplier la capacité sociale de son mari. Ce candidat voulait qu’on donnât à la famille la prééminence politique à laquelle elle a droit. Il préconisait le vote familial au lieu du vote des femmes.

«Ce que la femme doit vouloir, écrit-il, c’est la reconnaissance légale de son existence sociale au même titre que le mari. La question de savoir ensuite quelle sera la main qui portera dans l’urne le morceau de carton représentant le bulletin familial, n’est qu’accessoire.

«L’essentiel c’est que la femme existe. Et elle comprendra qu’elle ne pourra conquérir ce droit éminent à l’existence qu’en s’appuyant sur ses enfants, dont le nombre donnera autant de voix à la famille. Ce sera là la grande force de la femme, qui ne doit se considérer que pour ce qu’elle est naturellement: la multiplicatrice de la capacité sociale de son mari».

Les hommes qui se moquent de Guillaume II parlant de sa royauté de droit divin, disent aux femmes qu’ils ont sur elles une autorité de droit divin, et que la politique est incompatible avec les fonctions de mères et d’épouses. Mais le travail de mercenaire, de blanchissage, de portefaix n’est pas incompatible avec ces fonctions.

On ne peut opposer la maternité, à l’exercice des droits de cette quantité innombrable de femmes qui ne sont pas mères, qui ne le seront jamais, qui ne l’ont jamais été.

On ne peut pas opposer, davantage, la maternité à l’exercice des droits des femmes qui sont mères, parce qu’en aucun cas, un devoir ne peut destituer d’un droit.

Quand il survient à l’homme des devoirs, les devoirs de la paternité, le prive-t-on de ses droits civiques? Non. Alors pourquoi sous le prétexte qu’elle est mère destituerait-on la femme des siens?

Est-ce que la paternité entraîne moins d’obligations que la maternité? Est-ce que le soin d’élever l’enfant n’incombe pas solidairement aux deux auteurs de sa naissance? Dernièrement, un candidat a enlevé un auditoire d’hommes avec cette phrase: «Si les femmes votaient, vous seriez obligés de garder les enfants.» Cet argument n’est pas heureux. Il exprime avec un trop naïf égoïsme que si l’homme détient le droit de la femme, c’est surtout dans la crainte d’être astreint à faire son devoir. Les républicains excluent les femmes du droit, de crainte que la femme ne leur échappe comme servante.

Qu’on n’allègue pas contre les mères l’impossibilité où elles seraient de quitter leur enfant pour voter. Est-ce que les mères ne pourraient pas se faire remplacer par le père près du berceau de l’enfant pour aller préparer, par leur vote, un avenir heureux aux petits êtres qu’elles adorent?