Est-ce que l’homme serait déshonoré parce qu’à son tour il garderait l’enfant?

La maternité ne s’oppose pas plus à l’exercice des droits civiques, qu’elle ne s’oppose à l’exercice d’un commerce, à l’exercice d’une profession, à l’exercice d’un art.

Les femmes ne manqueraient pas plus à leurs devoirs familiaux en contribuant par leur part d’intelligence au bien de la société, qu’elles n’y manquent en allant à l’Eglise, au théâtre, au cinéma, dans les magasins.

Si la maternité absorbait la femme, au point de l’empêcher de s’occuper de toute vie extérieure, alors il faudrait commencer par faire des rentes à toutes les mères qui n’en ont pas, car l’obligation de gagner le pain quotidien, l’obligation d’aller quérir les provisions du ménage, éloigneront certainement toujours plus les mères de leurs enfants que celle d’aller déposer dans l’urne un bulletin de vote un jour d’élection.

D’ailleurs, si la maternité n’était une allégation hypocrite pour refuser le vote aux femmes, celles qui ne sont pas mères devraient pouvoir exercer leurs droits, tandis qu’elles en sont tout aussi bien destituées que celles qui sont mères.

Si nous demandons pour toutes les femmes, pour celles qui sont mères, comme pour celles ne le sont pas, l’intégralité du droit, c’est que nous savons que le sentiment de la responsabilité, qui résulte de la possession du droit, éveille à un haut degré l’idée du devoir.

C’est que nous savons que la femme, une fois en possession de ses droits civiques, marchera avec l’homme dans la voie du progrès, et que ses enfants, après s’être nourris de son lait, s’assimileront ses idées de justice et de liberté.

Si nous demandons pour la femme l’intégralité du droit, c’est que nous savons que l’autorité de la Citoyenne est indispensable à la femme pour être non seulement une mère selon la nature, une mère qui donne à son enfant la santé, la force et la beauté du corps, mais encore, mais surtout, une mère selon l’intelligence, une mère capable de donner à son enfant la santé, la force et la beauté de l’âme, mens sana in corpore sano.

Quelques personnes nous disent: La famille serait désorganisée si l’homme cessait de régner partout en roi absolu, si la femme avait sa part de pouvoir dans la famille et dans l’Etat.

Profonde erreur. Qu’est-ce donc qui peut mieux établir la sympathie entre les hommes que la solidarité des intérêts qui résulte de la communauté du pouvoir?