C’est seulement quand les Françaises exerceront leurs droits politiques, qu’elles pourront empêcher les mâles de la nation de se faire couveuses et nourrices, en leur enlevant l’administration du service des enfants assistés.
Les femmes remplaceraient avantageusement les hommes à la 2e section du 5e bureau de la préfecture de police, qui, comme on sait, s’est chargé de la surveillance des nourrissons, du placement, à l’hospice, des enfants abandonnés et de l’examen des pièces et des seins des nourrices.
Si pour contrôler le service des sages-femmes auprès des accouchées, le directeur de l’Assistance publique a pensé qu’il était convenable de nommer une femme, il devra trouver encore bien plus séant de faire surveiller par les femmes les nourrissons et les nourrices; car, c’est au préjudices des pauvres enfants que les hommes jouent à la mère dans son administration.
M. E. G. conte qu’il rencontra, lorsqu’il était inspecteur du service des assistés, une fillette de six ans qui avait été mise en correction par le directeur d’une agence de l’Assistance parce que, en bégayant ses premiers mots, elle avait jeté le trouble et semé la discorde avec sa mauvaise langue, dans les familles nourricières où il l’avait placée. Une telle perversité en un âge aussi tendre surprit l’inspecteur. Il s’informa, et de son enquête résulta la mise en liberté de l’enfant, qui était très gentille et douce.
On voit, par cet exemple, comment l’enfance abandonnée est traitée par les hommes. Pourquoi aussi, les agences de l’Assistance ne sont-elles pas dirigées par des femmes?
On remplacerait, sans doute, les garde-chiourmes si ridicules dans les fonctions de nourrices, par des mamans qui, avec des caresses et de doux mots, bien mieux qu’eux avec leur dureté, redresseraient la petite plante humaine disposée à mal pousser. Mais voilà! les mères ne votent pas...
Il est donc absolument nécessaire que les femmes votent, pour pouvoir se faire attribuer leur part des fonctions administratives et obtenir le droit de bercer les bébés recueillis par la charité publique.
Pas plus que l’on n’enlève, sans péril pour l’œuvre, l’ébauche à l’artiste, on ne peut, sans lui préjudicier, ravir l’enfant à la femme, avant qu’il ne soit modelé, achevé, réussi.
Nul ne devrait être assez audacieux pour disputer aux mères, les enfants, parcelles de leur chair, qu’elles ont animés d’une vie propre, et nul assez téméraire pour chercher à les suppléer dans la surveillance et l’impulsion à donner aux petits abandonnés.