Pour assurer la paix qu’elles souhaitent, il est indispensable que les femmes aient le droit de régler les affaires extérieures, parce que tant qu’elles sont dépourvues d’autorité politique elles ne peuvent avoir d’influence sur les esprits et le dressage moral de la nation leur échappe. Mais dès qu’elles collaboreront à l’œuvre sociale, en votant et légiférant, leur volonté pacificatrice s’emploiera à supprimer les causes de querelles nationales et internationales, dont le sexe masculin est l’instigateur.
Les femmes étant les plus précieux auxiliaires pour réaliser l’entente humaine, on ne devrait pas plus pouvoir usurper le droit du sexe féminin que pouvoir s’approprier le pays des autres.
Les Françaises sont très patriotes, mais elles n’ont point de patrie. Les femmes nées en France de parents français, sont des sans-patrie, non à la manière internationaliste faisant disparaître les frontières sous les fraternelles étreintes des peuples. C’est légalement que les femmes sont des sans-patrie.
Dans leur pays, chez elles, les Françaises sont moins que des Anglais ou des Allemands naturalisés.
Les Hervéistes[23] sont électeurs et éligibles. Ils peuvent enlever à la France le moyen de se défendre. Mais les femmes patriotes ne sont pas admises à jeter dans l’urne des bulletins de vote qui contrebalanceraient, annuleraient ceux des patricides.
Ce ne sera qu’en devenant citoyennes que les Françaises s’assureront le droit d’avoir une patrie.
En ne votant pas, en restant des impotentes et des muettes aussi incapables d’aider les autres que de s’aider elles-mêmes, les femmes empêchent d’accroître, avec l’autorité de la France, le bien-être de ses habitants.
Pendant que les Françaises n’exercent pas leurs droits politiques, les déchus de tous les pays passent par-dessus leur tête, acquièrent le titre et la qualité de citoyen qu’en raison d’une législation baroque les natives de France ne sont pas admises à posséder.
Ceux qui crient la France aux Français n’entendent pas que la France soit aux Françaises.
Au lieu de chercher à exhausser la France, en faisant de cette patrie des hommes, la patrie des hommes et des femmes, en centuplant par la collaboration de tous ses habitants la puissance d’irradiation du pays flambeau de l’humanité, ceux qui se qualifient patriotes souffrent que la France soit rapetissée par l’annulement féminin et dépouillée du concours intellectuel de vingt millions de femmes.