La France amputée des femmes n’est qu’une demi-France. Quand augmentera-t-on la patrie en la faisant cesser d’être un clan restreint au sexe masculin? Est-il logique que l’étranger qui adopte la France pour patrie la gouverne, alors que ses filles n’ont le droit d’y décider de rien?
XXXI
Le désarmement des hommes amènera le désarmement des peuples
«Parmi les progrès de l’esprit humain les plus importants pour le bonheur général, nous devons compter, l’entière destruction des préjugés, qui ont établi entre les deux sexes une inégalité de droits funeste à celui même qu’elle favorisera.
«Cette inégalité n’a eu d’autre origine que l’abus de la force.»
Condorcet
La cruauté qui porte la multitude à s’entre-dévorer, la délectation que chacun éprouve à se mutuellement nuire, calomnier, trahir a pour cause la rage humaine, décèle l’exacerbation du malaise domestique, révèle ce que nous crions depuis des années: c’est que, si la dissension est en la société, c’est qu’elle existe au foyer. Si la guerre est entre les individus et les nations, c’est parce qu’elle existe entre les sexes. Que l’on désarme l’homme en élevant la femme victime, au niveau de son persécuteur et avec les motifs de discorde, les querelles disparaîtront, les humains s’adouciront. Le foyer domestique est le creuset où l’on peut, à son gré, couler en miel ou en fiel les individus.
L’enfant de la tourmente et de l’animosité naît haineux. Il a dans le sang des ferments mauvais et, dès que ses oreilles entendent, c’est pour ouïr les rugissements des fauves bipèdes; dès que ses yeux s’ouvrent, c’est pour voir les luttes du milieu familial!
L’atavisme et l’imitation le poussent à user à son tour de brutalité. De sorte que l’animosité ne s’isole pas au foyer, elle se répand à l’extérieur, on la respire dans la rue; c’est comme une grippe morale que tout le monde attrape. Cette haine permanente est devenue si inquiétante que les esprits les plus opposés se rencontrent pour proposer le désarmement primordial, le démantèlement de la place de guerre maritale.
En même temps que les uns conseillent de rendre la maison habitable, d’y faire entrer de l’air et du jour parce que «la femme opprimée, humiliée, dégradée, étouffe dans la prison morne et que le mariage ne doit pas être une cellule de forçats, un cabanon de fous furieux», les autres prophétisent que, quand la haine aura disparu du foyer domestique par l’émancipation totale de la femme, elle disparaîtra bien vite du milieu des nations. Entre hommes et femmes il n’y a que des relations de maîtres à esclaves. L’idée n’est pas encore venue à l’homme de trouver dans le mariage «l’âme loyale» dont, toute sa vie, il poursuit la recherche en dehors du mariage.
Mais, l’épouse-servante que le mari s’obstine à regarder de l’œil méprisant du maître à vie, a des retours offensifs de bête blessée et de terribles chocs, où sont utilisés le fer et le poison, résultant du contact des enchaînés antipathiques. C’est l’incessant combat en l’enfer conjugal, qui engendre les guerres, civiles et étrangères.