Toutes tentatives de conciliation entre les individus et les nations échoueront tant que ne sera pas réglée la condition des sexes, dont les dissensions étayent la discorde universelle.
Et il faut que cette situation de sexes soit légalement établie, pour devenir coutumière, car, bien mieux que l’invitation, la force de la loi opère la transformation des esprits, le redressement des mœurs.
Comment obtenir une loi équitable, différente de celle d’aujourd’hui, où les hommes courtois se sont dégagés des responsabilités et se sont assurés toutes sortes de garanties contre de faibles petites femmes écrasées par le poids des fautes masculines?
On obtiendra une loi équitable, en chargeant les deux parties qui sont assujetties à cette loi—les hommes et les femmes—de la faire.
Actuellement, c’est parce que la législation est exclusivement masculine que les intérêts de la femme ne sont pas sauvegardés et que l’homme use envers celle-ci de tant de mauvais procédés.
Le mari croit que son rôle comporte la brutalité. Il s’imagine qu’il est dans ses attributions de crier, de menacer, de frapper. Son parti pris de trouver répréhensibles les actes les plus simples, épouvante la sincérité et fait se dissimuler, ainsi que l’oiseau durant l’orage, la franchise féminine pendant les scènes.
C’est en s’exerçant sur les femmes que la barbarie s’est perpétuée, en notre siècle civilisé.
Les cruautés commises envers elles, sont si fréquentes, qu’on les note en faits-divers, où tous les jours, en frissonnant, on peut lire: qu’un mari a ouvert le crâne de sa femme en lui cassant un balai sur la tête, qu’un autre a éventré la sienne à coups de canne à épée, que celui-ci, après une discussion futile, a frappé sa compagne de coups de poing et de pied, lui a enlevé un œil, arraché le nez.
En faisant l’autopsie des femmes victimes de brutalités maritales, on trouve parfois des tessons de bouteilles et d’assiettes, dans leurs plaies. Cela prouve que tous les objets que les maris assassins ont sous la main leur servent de projectiles.
Sur le simple soupçon d’être trompé, un homme se fait un point d’honneur d’exterminer son épouse. Tout le monde l’approuve, et, s’il va devant les juges, ce n’est qu’afin d’être absous.