Avec les membres de la Société le suffrage des Femmes, elle pétitionna en faveur des Prud’Femmes.
«Novembre 1886.
«Messieurs les Députés,
«Vous allez examiner le projet de loi Lockroy relatif à l’institution des prud’hommes. Si vous êtes des législateurs équitables, vous comprendrez que quelles que soient les améliorations que ce projet comporte, il laisse subsister à l’égard des femmes fabricantes et ouvrières, employeuses et employées, une grande injustice, puisqu’il confie aux hommes seuls, le pouvoir de juger les différends entre les patronnes et leurs ouvriers, les ouvrières et leurs patrons.
«Veuillez considérer, Messieurs, que dans bien des cas, les prud’hommes masculins sont embarrassés: il est, par exemple, bien plus du ressort de la femme que de celui de l’homme d’apprécier si des corsets ou des guimpes sont bien ou mal confectionnés.
«Un tribunal exclusivement composé d’hommes est à cause de son incompétence même—quand il a à juger des femmes—forcément partial.
«Nous vous prions, Messieurs, d’introduire dans le projet Lockroy, un article stipulant que les femmes sont de compte à demi avec les hommes investies du mandat de juger les luttes d’intérêt entre maîtres et travailleurs de l’un et de l’autre sexe et que les Conseils de prud’hommes, dorénavant composés d’hommes et de femmes, sont élus par tous patrons et patronnes, chefs ou cheffesses d’ateliers, ouvriers et ouvrières qui se trouvent dans les conditions requises par la loi pour être électeurs.
«Pour les femmes de France,
Hubertine Auclert.
Directrice de la Citoyenne.»
Cette pétition déposée par M. Michelin sur le bureau de la Chambre fut chaleureusement appuyée par la presse: «Mlle Hubertine Auclert, mène avec une persistance réellement héroïque, la lutte dans laquelle elle est arrivée à avoir le bon sens pour elle», écrit le Mot d’Ordre. Les pétitions qui demandaient le droit de suffrage et d’éligibilité pour les femmes n’obtenaient en général que des mentions ironiques.