En 1881, elle fonda le journal La Citoyenne qui portait en épigraphe: Est citoyenne la femme qui jouit de l’intégralité de ses droits. Aidée par des collaborateurs dévoués, elle put défendre l’être faible contre lequel les lois avaient multiplié les entraves, et convaincre le scepticisme de ses concitoyens qui ne comprenaient pas que la question du Vote des Femmes pût se poser. Ce droit dont elle a dit:
«Les droits politiques sont l’axe de la question féministe» et qui, seuls dans un gouvernement d’opinion comme le nôtre, pourraient donner aux femmes le pouvoir de réformer les lois et le moyen de faire servir leurs qualités au bien de leur pays.
Signés de son nom ou de son pseudonyme, Jeanne Voitout, ses articles, d’un style si clair qui ne devait rien qu’à elle-même, sont autant de plaidoyers pour libérer la femme.
Un de ses articles qui a pour titre: Une loi stérile, prévoyait l’insuffisance de la loi Camille Sée (1882) sur l’instruction secondaire des filles. Comme toujours lorsque les intérêts féminins se discutent, pas une seule femme n’avait pris part à la discussion:
«Il s’est fait grand bruit à propos de la loi sur l’instruction secondaire des filles votée par les Chambres. Chacun a pensé que le niveau égalitaire passait sur la France, dotait les femmes de la même instruction que les hommes. Erreur profonde: avant comme après la loi promulguée, le statu quo subsiste pour les femmes.
«Nous n’en aurions pas fini, si nous voulions critiquer le programme des écoles secondaires de filles. L’enseignement que les femmes recevront dans ces écoles, les laissera dans la même situation fausse.
«Au sortir des écoles secondaires, les jeunes filles obtiendront un diplôme d’honneur: le diplôme, dit l’article 7 du projet de loi sur l’instruction des jeunes filles, n’aura aucune valeur professionnelle. Il ne tiendra pas lieu de brevet d’institutrice dont il différera essentiellement. Il ne sera pas non plus l’équivalent des baccalauréats ès lettres, ou ès sciences, et par exemple, il ne pourra ouvrir aux jeunes personnes qui le posséderont l’accès des facultés de médecine.
«En voilà assez, je crois, pour édifier les familles sur la valeur de l’instruction qu’on donnera aux jeunes filles dans les établissements d’éducation secondaire. Ne semble-t-il pas que nos législateurs aient pris soin de rendre ce projet inapplicable avant de le voter?
«Comment! dans notre siècle où les infortunes, les revers, les exigences multiples de la vie matérielle assaillent les femmes. Dans notre siècle où chacun a besoin de tripler ses forces pour exister, avoir ce ridicule achevé d’allouer aux femmes qui auront dépensé beaucoup de temps, beaucoup d’efforts, beaucoup d’argent pour acquérir le savoir, un diplôme qu’elles ne pourront utiliser? Mais les parents ne voudront pas de ce diplôme sans valeur. Ceux qui seront riches préféreront donner à leurs filles, au moyen de professeurs particuliers, les connaissances exigées par l’Université pour conférer le titre de bachelier.