«Sachant désormais que la corvée rebutante faite pour rien, ne donne finalement que droit à l’ingratitude, alors que le travail rétribué procure des titres à la reconnaissance nationale, les femmes voudront-elles continuer à se sacrifier dans la famille et dans la société?
«Les ménagères consentiront-elles à rester les chevilles ouvrières de l’industrie, en libérant des durs travaux de la maison les professionnels, pour n’avoir en leurs vieux jours que la ressource de tendre la main à l’Assistance publique pendant que ceux dont elles auront assuré le gain auront une pension de retraite?
«Si les femmes n’étaient point exclues de la politique, elles pourraient en toute occasion sauvegarder leurs intérêts et, lors du vote définitif de la loi, se faire attribuer, en tant que procréatrices et ménagères, le tribut de reconnaissance qui leur est dû.
«Quelques députés consciencieux ont déjà réclamé pour la corvéable: M. Mirman a dit que c’était insensé de ne reconnaître que les femmes qui travaillent à l’usine et de laisser sans retraite celles qui ayant beaucoup d’enfants ne peuvent aller à l’atelier et travaillent chez elles auprès de leurs enfants, que si on les excluait de la retraite, on détruirait le foyer, la famille, car les ménagères trouveraient qu’il est pour elles bien plus avantageux d’être ouvrières que corvéables. Eh bien, les collègues de M. Mirman lui ont répondu qu’il était un empêcheur de danser en rond.
«M. Allemane n’a pas été plus écouté quand proclamant la valeur du travail ménager l’assimilant au travail industriel, il a demandé pour les deux sexes pouvant justifier de trente ans de travail salarié ou de trente ans de corvée familiale une retraite de 360 francs à soixante ans.
«En s’abstenant de tenir compte du travail ménager, les législateurs pousseront à bout les femmes qui le font et ils dessilleront les yeux des électeurs qui en définitive écopent ici, puisqu’ils sont des époux, des fils, des frères qui seraient plus fiers de voir leurs épouses, leurs mères, leurs sœurs retraitées en leur vieillesse qu’inscrites à l’Assistance publique.»
«Et comme la loi sur les retraites ouvrières va nécessiter la création de fonctions nouvelles, elle demande pour les femmes leur part de ces emplois: «Les femmes seraient bien désignées pour ces services de contrôle et de surveillance».
En 1905 elle prend texte de la création d’une caisse de retraite pour les anciens sénateurs après celle des anciens députés, pour demander la retraite pour les Mères:
«Cette sage prévoyance des élus pour eux-mêmes devrait bien aussi s’exercer en faveur des perpétuatrices de l’espèce humaine, qui, en assurant l’existence de la nation, lui rendent avant députés et sénateurs, service.
«M. Piot inciterait plus au repeuplement en fondant une caisse de retraite pour les Mères qu’en offrant de détaxer les pères.