«Monsieur le Ministre,

«Puisque vous vous préoccupez de concert avec M. le Préfet de police, d’élaborer un projet de loi contre la prostitution, permettez-moi, à moi, dont la pensée unique est l’affranchissement de la femme, d’apporter mon humble avis dans votre discussion.

«Pour frapper de mort la prostitution publique, il faut cesser de la patenter et être pour les malheureuses, humain et inexorable: Humain en leur fournissant le moyen de ne pas mourir de faim sur le pavé de Paris. Il suffirait pour cela de créer un vaste établissement où les femmes inoccupées trouveraient à titre de prêt, le vivre et le couvert avec les facilités de se procurer du travail. Cet établissement pourrait fonctionner avec quelques millions qu’on trouverait au moyen d’une loterie que vous autoriseriez. Dès lors les prostituées n’ayant pas la faim pour excuse de leur débauche et de leur fainéantise, devraient être impitoyablement traquées et après récidive, être embarquées sur un navire de l’Etat en partance pour une Colonie, qu’elles transformeraient en compagnie des hommes prostitués sous l’œil bienveillant d’un agronome, en exploitation agricole qui en les faisant vivre rapporterait encore de beaux deniers à l’Etat.

«Vous voudrez bien remarquer, Monsieur le Ministre, que ma proposition ne coûterait rien au gouvernement et qu’elle assainirait, à la grande satisfaction des honnêtes femmes, la voie publique d’une manière définitive.

«Veuillez agréer Monsieur le Ministre, l’hommage de mon respect.

«Hubertine Auclert.»


En 1904, elle publia sa brochure L’argent de la Femme, où, dans le chapitre: Les femmes sans fortune et le contrat de la séparation de biens. On voit que ce contrat mettrait un terme à une poignante situation.

Qui n’a connu ou entendu parler de ces maris ivrognes ou dépensiers, qui vendent ce que possède le ménage autant de fois que la femme a pu racheter le mobilier et le linge, au nom du droit marital de disposer seul, s’il le veut, des biens de la Communauté.

Pour éviter ces faits révoltants, la séparation de biens légale—sauvegarde des intérêts de la femme riche comme de la femme qui ne possède rien—devrait remplacer le contrat de la communauté de biens, lorsqu’il n’a pas été fait de contrat.