«Electeurs, faites adjoindre les femmes aux hommes pour administrer Paris.»
Dans les réunions mensuelles que tenait à la Mairie du XIe arrondissement, la Société «Le suffrage des Femmes», Hubertine Auclert mettait dans ses Causeries les femmes au courant de la politique du jour, examinait ce qui dans les lois en discussion leur était avantageux ou défavorable.
Elle parlait souvent de la puissance du vote pour les femmes:
«Les femmes se soucient peut-être peu du vote, mais toutes désirent certainement ce que le vote peut procurer: le bonheur, la liberté, le bien-être.
«Comme l’homme vous voulez pouvoir utiliser vos facultés, vous voulez que tous les emplois vous soient accessibles, vous voulez quand vous faites le même travail que l’homme recevoir les mêmes appointements que lui.
«Jeunes filles, vous voulez être libres d’aller et de venir à volonté sans être le jouet des larrons d’honneur; épouses, vous voulez cesser d’être la servante et la dupe pour devenir la compagne, l’amie de votre mari; mère, vous voulez avoir, au moins, autant que le père le droit de diriger vos enfants. Femmes trompées et trahies, si vous demandez justice, c’est, n’est-il pas vrai, pour éviter d’être obligées de vous faire justice à vous même. Eh bien, vous aurez justice. Eh bien, vous pourrez réaliser vos souhaits d’une meilleure condition sociale quand vous posséderez le vote. Le vote est ce qu’il y a de plus immédiatement désirable puisqu’il vous investira d’un pouvoir féerique au moyen duquel vous pourrez, pour ainsi dire, réaliser vos désirs par la seule puissance de votre volonté. Pour que tout soit dans la société, dans la famille, dans l’état à votre avantage et à l’avantage de tous il faut que vous femmes, qui êtes des ayants droits, il faut que vous femmes, qui subissez les lois, il faut que vous femmes vous participiez au gouvernement du pays. Pour conquérir leurs droits électoraux il suffit que les femmes aient pour elles-mêmes une heure de ce suprême dévouement dont elles sont pour tous prodigues.
«L’antagonisme des sexes a sa source dans la fausse situation faite à la femme dans la société. Légalement inférieure, la femme est déconsidérée par l’homme qui se croit, comme la loi l’établit, supérieur à elle, et en conséquence la traite en sujette et abuse d’elle.
«Toutes preuves scientifiques ont été données que la nature n’a pu faire inégaux deux êtres de la même espèce. Quand cette égalité des sexes proclamée par la loi sera passée dans les mœurs l’entente sera alors possible entre les humains. L’homme mettra de la courtoisie dans ses rapports avec la femme, car on impose, en l’élevant, la considération et le respect pour un individu.
«Les hommes se sont attribués le droit de tout régler dans la société, absolument comme s’il n’y avait pas dans cette société deux facteurs avec leurs qualités propres. Les femmes sont, cependant, considérées comme personnes raisonnables puisqu’on leur attribue la responsabilité de leurs actes. Elles font, à n’en pas douter, partie intégrante de l’association.