«Je réponds à la question que vous posez dans toute la sincérité, la foi d’une opinion que je me suis faite depuis longtemps par mes réflexions, par mes observations personnelles.
«La femme a été lamentablement piétinée jusqu’à l’heure actuelle, dans tous ses droits naturels; à peine éveillée de la longue torpeur de l’esclavage séculaire elle réclame, encore timidement, son émancipation. Sa cause est celle de la suprême justice. Ceux qui ne la soutiendraient pas, auraient méconnu la loi imprescriptible de la nature de la matière.
«La femme ajoute à toutes les qualités intellectuelles de l’homme, qu’elle possède au même degré que lui, les qualités sublimes que seule la maternité peut faire surgir triomphantes pour la conservation des espèces.
«La femme est nécessaire, elle est indispensable dans l’organisation, le fonctionnement d’une société en voie de réel progrès.
«Aussi longtemps que la femme ne sera pas électrice, au même titre que l’homme, et pour toutes les assemblées publiques, aussi longtemps qu’elle ne sera pas éligible à ces mêmes assemblées, la gestion des affaires publiques demeurera imparfaite, faussée.»
M. Charles Humbert qui, en voulant voir assurer la sécurité de la nation, oublie de penser que notre pays est privé de la moitié de son énergie et de ses forces intellectuelles par l’annulement de douze millions de Françaises majeures fait à notre question cette réponse:
«Il est possible—et peut-être cela est-il désirable—que l’influence féminine aujourd’hui officiellement écartée des luttes électorales, y prenne un jour une plus grande part en France.
«Toutefois, je me permets de penser qu’il y a des étapes à parcourir avant d’en venir là. Il y a tout au moins, comme pour les autres réformes, une éducation du public à faire et des précautions législatives à prendre.
«Mais s’il faut dire toute ma pensée, j’estime que les femmes elles-mêmes ne doivent pas désirer leur prompte entrée au parlement. Quand la porte leur en sera ouverte, en effet, elles s’y trouveront longtemps—toujours peut-être—en minorité; tandis que, par une propagande intelligente et calme, sur les différentes questions qui les intéressent, elles peuvent espérer obtenir des votes de majorité, dans des assemblées constituées exclusivement d’hommes.
«Je crois, en un mot, que dans l’état de choses actuel, la vraie chance de succès pour les idées que vous défendez si brillamment, ce n’est pas que vous ayez tout de suite des représentantes dans les Chambres, mais que vous y comptiez beaucoup d’avocats et d’amis.»