Les femmes électeurs seront longtemps représentées par des hommes, bien des années passeront avant que soient élues des représentantes. Mais tant que les Françaises ne sont pas électeurs, il leur est impossible de trouver au parlement des avocats et des amis, attendu que les sénateurs et les députés n’ont aucun intérêt à s’occuper des femmes dont leur situation ne dépend pas, puisqu’ils ne tiennent point d’elles leur mandat.

M. Louis Marin, le distingué député de Meurthe-et-Moselle, exprime ainsi son opinion:

«L’égalité des droits entre toutes les personnes humaines est dans la conscience une idée si claire, qu’on s’étonne qu’elle triomphe si lentement dans les esprits et dans les faits et que de nos jours, en France, la plupart encore refusent le droit de vote aux femmes. La justice de cette revendication est renforcée puissamment par les démonstrations de toutes les études sociales. Quel économiste nierait que l’infériorité du salaire payé à la femme pour le même travail bien rétribué à l’homme soit un abus cynique de la force, et que le bulletin de vote doive le faire promptement disparaître? Quel géographe n’a pas été frappé du rôle politique heureux joué par les femmes dans la vie sociale de bien des peuples?

«Tout, la morale, les sciences, oblige à penser que le suffrage politique est non seulement un droit et un arme nécessaire pour les femmes, mais qu’il serait pour les autres, aussi, pour l’enfant en particulier, et pour la société tout entière, le plus grand bienfait.»

M. Louis Marin réfute avec esprit les objections du service, des occupations du foyer, de la grâce féminine, que l’on fait au vote des femmes; ensuite il dit:

«Il faudrait se dépêcher en France; des pays voisins, de grands pays nous dépassent.

«Nous avons déjà les catégories de vote qui partout ont été les antécédents ordinaires du vote politique: prud’hommes, conseils du travail, etc. Il faut faire un pas décisif.»

Le cléricalisme que l’on invoquait pour écarter les femmes de la politique est un épouvantail aujourd’hui démodé.

M. J. L. Breton, député du Cher, qui ne partage pas cette manière de voir répond ainsi à la question:

«Vous me demandez mon avis sur le suffrage des femmes. En principe je n’ai rien à y objecter, mais ce serait actuellement dans la pratique l’innovation la plus dangereuse pour l’œuvre nécessaire et encore incomplète de laïcité.