«Combien d’autres réformes sont d’ailleurs plus intéressantes et plus urgentes que celle concernant le droit de vote des femmes.
«Elle viendra à son heure, mais cette heure est encore très lointaine.»
Si M. J. L. Breton était seulement pendant trois mois déshérité du droit comme le sont les femmes, il parlerait autrement.
M. Ferdinand Buisson, qui jouit, même chez ses adversaires politiques, de tant d’autorité, nous répond ainsi:
«Le droit électoral des femmes ne devrait plus faire question dans un pays de suffrage universel. Le temps n’est pas loin, sans doute, où l’on s’étonnera qu’il ait fallu si longtemps pour reconnaître l’évidence, ou plutôt pour souscrire aux prescriptions élémentaires de la justice. Ne perdons pas patience. Quand on pense que c’est seulement en ces toutes années dernières que nous avons découvert qu’une femme pût être témoin, que l’ouvrière mariée a droit à son salaire, que la commerçante a droit d’être représentée dans les tribunaux qui la jugent et un certain nombre d’autres hardiesses semblables, on comprend qu’il nous faille encore quelque temps pour obtenir que la femme, étant contribuable, soit électrice et éligible aux conseils municipaux, aux conseils généraux, au Parlement. Il est étrange sans doute qu’un pays intelligent ait besoin de tant d’étapes pour arriver à un résultat, qui, aussitôt acquis, sera considéré par tout le monde comme la chose la plus naturelle. Il en est ainsi de toutes les réformes sociales. Elles passent en une minute du rang d’utopie à celui de banalité. Il n’y a pas de milieu.»
M. Jean Jaurès, déclarant que les droits politiques devaient être accordés aux femmes auxquelles incombent les devoirs sociaux, a été approuvé par tous les radicaux socialistes qui comprennent que l’homme ne peut sans se préjudicier, continuer à laisser la femme hors la loi!
Voici l’avis de M. Marcel Sembat:
«J’ai déjà souvent manifesté mon opinion là-dessus, mais je m’empresse puisque vous le désirez, de répondre à votre enquête, en vous assurant que je suis un partisan résolu du vote des femmes. D’une façon générale, il faut effacer toutes les différences légales, toutes les infériorités imposées par nos codes aux femmes. Quant au suffrage, il ne deviendra universel que par le vote des femmes, c’est élémentaire. J’en attends les plus heureux effets pour les réformes sociales.»
Si les femmes nées en France pouvaient être électeurs comme le sont les étrangers naturalisés, elles faciliteraient la solution de la question sociale et rendraient possible entre les humains l’attente pour le bien général.
Conserver dans le pays le plus civilisé du monde la barbare loi salique, qui empêche les femmes justiciables et contribuables de concourir en votant à la formation de la loi, c’est préparer à subir le joug monarchique de la nation, à laquelle les femmes maintenues asservies donnent leur empreinte. C’est mettre en péril la République.