Paul Déroulède[11] déclarait qu’il respectait et aimait trop les femmes pour vouloir les jeter dans la mêlée politique (sic); il pensait que, en France surtout, leur influence vaudra et pourra toujours plus que leurs droits.

Cette révélation fut, pour les femmes, réfrigérante.

Les Françaises trouvèrent bien ironique Paul Déroulède, qui les respectait au point de les mettre, en leur pays, au-dessous des étrangers. Il les assimilait à tous les déchus de la société, dans le seul but de les exclure du droit de défendre leurs intérêts. Elles se dirent qu’assurément il ne les chérissait pas autant que ses ligueurs, pas autant que M. Marcel Habert. Cependant, il se gardait bien d’annoncer qu’il ne voulait pas jeter ceux-ci dans la mêlée politique parce qu’il les aimait trop. Alors elles conclurent qu’elles ne voulaient pas être dupes.

Ne peut-on pas en effet prendre pour un dupeur, l’homme, qui, après avoir tant parlé d’intégralité territoriale, et proposé si souvent de reconquérir l’Alsace et la Lorraine, dédaigna d’associer à l’effort national la légion des mères, des filles, des sœurs, des épouses, refusant de faire participer à la souveraineté française les vingt millions de femmes.

Paul Déroulède, qui proposait de régénérer la France en moralisant la politique, excluait de la politique l’élément le plus moral, en déniant aux femmes le droit d’influer par leurs votes sur la destinée du pays.

Le sexe fort aurait cependant beaucoup plus d’avantages à s’associer les femmes qu’à garder ses prérogatives. Mais comment décider les Français à accepter une idée qu’ils n’ont pas depuis un siècle, envisagée?

Il ne faut pas s’étonner si des hommes soutiennent que les femmes n’exerceront jamais leurs droits politiques. Le curieux de l’affaire, c’est que ceux qui dénient aux Françaises l’électorat, cherchent à obtenir les effets que leurs votes produiraient. La lettre ci-dessous de M. Charles Benoist, professeur à l’école des sciences politiques, prouve ce que nous avançons:

«Jusqu’à présent, je vous l’avoue, je ne me suis guère occupé de la question des droits politiques des femmes. Avant qu’elles puissent voter, il faut d’abord qu’elles puissent vivre. Leurs misères m’ont profondément touché.

«Je crois que si le suffrage était un jour organisé, il serait moins difficile de songer (comme en Autriche par exemple, dans la première catégorie d’électeurs) aux conditions d’une sage et équitable représentation des femmes, qui peuvent, cela est certain, avoir des intérêts à défendre et qui sont non défendus.

«Mais la conclusion immédiate, que vous ne m’en voudrez pas d’en tirer, c’est que ce point ne pouvant être abordé que lorsque le suffrage universel aura été organisé, je compte sur vous pour m’aider à obtenir plus vite son organisation.»