Ce ne sera qu’à l’aide du suffrage des Françaises qu’on instaurera le véritable suffrage universel; chercher à l’organiser sans les femmes c’est agir comme un cuisinier qui voudrait faire un civet sans lièvre. De même que le lièvre est l’élément du civet, la majorité nationale formée des femmes est le principe de l’universalité du suffrage.

Il est regrettable que des hommes de haute culture intellectuelle comme M. Charles Benoist se dévouent à accomplir les réformes artificielles, ne rêvent de substituer au suffrage de fantaisie existant qu’un autre suffrage universel de fantaisie, parce que leur esprit hanté de préjugés n’ose reconnaître que l’espèce humaine est, sous ses deux aspects, équivalente.

Ce professeur qui ne songe pas à associer les femmes aux citoyens dans les organisations qui le préoccupent, est généreux pourtant; en son livre: Les ouvrières de l’aiguille à Paris, sous les chiffres impassibles, il fait saigner la martyre sociale. Seulement, aux grands maux qu’il dénonce, il hésite à appliquer le seul remède efficace qui a déjà été expérimenté avec succès pour les hommes.

En comparant la situation économique des hommes d’autrefois, non électeurs, à celle des hommes d’aujourd’hui, électeurs, il est facile de constater que depuis qu’ils sont représentés à la Chambre, les travailleurs louent plus chèrement leurs bras.

Ainsi, il en serait pour les femmes; la souveraineté ennoblirait leur œuvre, ferait évaluer équitablement leur labeur, et de leur élévation sociale résulterait l’augmentation de leurs salaires.

Cette vérité démontrée oblige à conclure qu’il faut que les femmes votent pour pouvoir vivre et non point qu’elles soient en état de se passer du vote pour pouvoir l’obtenir.

L’électorat, en effet, n’est ni un but, ni un titre honorifique, mais un moyen pour arriver à réaliser son desideratum, une arme de défense sociale, un outil d’affranchissement économique en même temps qu’un certificat d’honorabilité.

Tant que la Française n’est pas citoyenne en toute circonstance, si elle donne son avis, les députés sembleront trouver même compromettant d’examiner si elle a raison ou tort. Parce qu’elle n’est point électeur, si imposée, si patentée qu’elle soit, la femme ne paraît être pour eux qu’un objet de plaisir.

Avant 1848, les prolétaires étaient exclus du droit pour cause d’indignité de condition; maintenant les femmes en sont déshéritées pour indignité de sexe, et les repoussés d’hier de la salle de vote, oubliant qu’ils furent eux aussi des suspects, nous disent: «Vous ne connaissez pas la femme que vous voulez faire voter.»

Si fait, citoyens, nous connaissons la femme. Nous l’avons interrogée à la campagne comme à la ville. Et c’est parce que nous savons qu’elle s’occupera plus des intérêts publics que beaucoup d’hommes, que nous insistons pour qu’elle soit en France, consultée.