En notre pays, où volontiers l’on rit de l’infaillibilité du pape, il faudrait que les femmes soient infaillibles pour être admises à exister dans la commune et dans l’Etat. Frappe-t-on d’interdiction les hommes parce qu’ils risquent de trébucher en faisant leurs premiers pas politiques? Non, attendu que ce n’est qu’en affrontant les chutes que l’on apprend à marcher.

En préconisant le suffrage des Françaises, Alexandre Dumas fils disait: «Les femmes feront comme nous des bêtises. Elles les paieront comme nous et elles apprendront à les réparer peu à peu comme nous.»

Pour enlever les votes, les hommes politiques ont tellement persuadé chacun qu’il avait le droit de vivre à sa guise, que la société endosserait ses luttes et ses responsabilités, que nul ne veut plus accomplir le devoir et s’en remet aux autres du soin de se dévouer à sa place. Seulement, si la société n’est formée que d’individus qui se dérobent, pourra-t-on longtemps s’appuyer sur elle?

Pour munir d’étais plus solides la République, on ne peut se dispenser d’appeler à exercer le droit les femmes qui forment l’élément moral de la nation. «Jamais à aucun moment de notre histoire, dit M. Doumer, la société n’a eu plus besoin de la collaboration des femmes!»

Les infirmières volontaires qui affirmaient qu’elles étaient moins fatiguées en soignant en Afrique, jour et nuit les blessés, qu’elles ne le sont à Paris par les obligations mondaines, démontrent que les Françaises préfèrent au plaisir aveulissant le devoir qui grandit les êtres.

Les femmes seraient encore avec plus d’avantages, utilisées par le ministre de l’intérieur que par le ministre de la guerre. De même qu’elles font triompher les soldats des maux physiques, elles feraient triompher la France des maux moraux, en l’initiant à un idéal qui mettrait un frein au déchaînement des appétits.

«Il faut, disait Gambetta, enseigner dans nos écoles primaires les principes de nos lois et de nos constitutions. Il faut qu’on y apprenne les droits et les devoirs de l’homme et du citoyen.

«Je parle pour les deux sexes, car je ne distingue pas entre l’homme et la femme. Ce sont deux agents dont l’entente est absolument nécessaire dans la société, et, loin de les séparer et de leur donner une éducation différente, donnez-leur les mêmes principes, les mêmes idées, commencez par unir les esprits, si vous voulez rapprocher les cœurs.»

A la question posée par une revue: Les femmes doivent-elles voter? MM. Paul et Victor Marguerite ont répondu:

«Oui, cent fois oui, les femmes doivent voter; plus elles prendront conscience de leur responsabilité sociale et de l’équivalence de leurs droits et de leurs devoirs, mieux elles contribueront à édifier la Cité future.»