En répondant à une enquête sur le suffrage M. Charles Benoist demande:

«Pourquoi faire voter la femme? Elle n’y a pas d’intérêt, elle suit plus son instinct en usant en secret de son influence, qu’en bataillant en plein jour. Songez à ce que pourrait être le foyer de la femme député. Songez à ce que sera la femme au Palais-Bourbon au milieu de tous ses collègues masculins. Encore si elle pouvait témoigner de réelles aptitudes! mais les tendances habituelles de son esprit font qu’elle s’attache aux détails et qu’elle s’élève avec peine aux idées générales.»

Laissons M. Faguet lui répondre à cette dernière objection:

«C’est en vertu d’idées générales que les hommes votent dans leurs comices? C’est en vertu d’idées générales que les députés votent dans leurs Chambres? Mais jamais une idée générale n’a été que la forme d’une passion, tant chez les électeurs que chez les députés! Les femmes ont des idées générales exactement comme les nôtres, c’est-à-dire des passions habillées, plus ou moins élégamment en idées, elles voteront exactement dans les mêmes conditions que nous.» (E. Faguet, Le Féminisme).

Pour M. de Las-Cases le suffrage des femmes supprimerait un mensonge, et ferait de cette fiction le suffrage universel, une réalité; peu lui importe que les femmes se révèlent conservatrices. Il songe à leur action morale bienfaisante dans le domaine des lois économiques. Il est sûr que le bulletin de vote ne saurait les détourner du foyer et des devoirs auxquels elles demeurent instinctivement attachées:

«En donnant le droit de vote aux femmes nous ferons acte de justice.»

M. Jénouvrier dit:

«Il est des femmes qui sont de vrais chefs de famille, qui supportent allègrement une responsabilité qui paraîtrait lourde à certains d’entre nous. Pourquoi les priver du droit qui appartient au jeune homme de 21 ans.»

M. le Dr Flaissières s’affirme de nouveau très partisan du vote des femmes et voterait immédiatement la réforme intégrale.

M. Debierre, sénateur, membre de l’Académie de Médecine dit que la femme qui a dans la société les mêmes devoirs à remplir, les mêmes droits à protéger que l’homme, doit être civilement et politiquement l’égale de l’homme.